Expatriation et deuil : quand vient le temps des adieux

FlowerÀ l’heure où j’écris ce texte, je suis encore en plein ciel, les oreilles complètement bouchées,  coincée dans un siege inconfortable, à bord du  vol qui me ramène d’Amsterdam à Montréal. Je me sens groggy, un peu comme si j’avais une gueule de bois monumentale. Je viens de passer une semaine assez compliquée émotionnellement et physiquement  éreintante.

En début de semaine dernière,  j’ai reçu le message que tout le monde redoute j’imagine.  Celui qui vous annonce la mort d’un proche; celui qui fait basculer votre lundi de normal à noir. Le genre de message qui transforme une journée banale en anniversaire sordide.
Monsieur G a perdu son grand-père; il était l’image du père qu’il n’a pas eu. Je l’aimais profondément je le respectais enormément. Il a toujours eu une place très spéciale dans mon coeur.
L’annonce de sa mort a été pour moi (pour tous ses proches finalement) un choc assez brutal. Je savais bien qu’il n’était pas éternel  (aucun d’entre nous ne l’est) ; mais je ne pensais pas avoir à lui dire adieu aussi tôt. En apprenant la nouvelle, je suis d’abord passée  par une phase de déni; ce déni a ensuite fait place à une tristesse immense, une douleur intense qui ne m’a toujours pas quittée et qui ne s’en ira jamais vraiment. Je dois avouer que je suis inconsolable.
Il a fallu ensuite l’annoncer à Mam’zelle Gaou. Je n’avais jamais eu à faire une chose aussi difficile auparavant.  L’image de son petit visage déformé par la tristesse et sur lequel coulent des torrents de larmes viendra me hanter encore longtemps.
Cet événement douloureux m’a renvoyé en pleine face mon /notre choix; celui de vivre aussi loin des miens/ nôtres et m’a confortée dans l’idée que je ne finirai sûrement pas ma vie au Canada. S’il y a une chose que j’ai réalisée ces 3 dernières années,  c’est que je n’aime pas du tout être aussi loin des miens.

Après l’annonce il a fallu réagir assez rapidement, m’arranger avec mon employeur pour partir assez vite. J’ai encore une fois eu l’immense plaisir de réaliser que je travaille dans une boite exceptionnelle. Mon congé  m’a été accordé sans encombre. J’ai eu plusieurs mots et gestes de sympathie de mes collègues. Pour mon mari ça a été une autre histoire. En plus de devoir faire son deuil; il a eu à faire face à la cruauté et au manque d’empathie de son employeur. Il a eu du mal à obtenir l’autorisation de son employeur pour aller enterrer son papy.

Une fois les tracas professionnels résolus, il a fallu trouver des billets assez vite et partir.

J’ai  passé une semaine extrêmement difficile. Dire adieu alors qu’on a à peine digéré la nouvelle et repartir cul sur pointe à l’autre bout du monde en laissant derrière soi sa famille n’a vraiment pas été chose aisée.

Vivre un deuil (à distance) ne fait pas partie des choses que j’avais envisagées en partant il y a 3 ans. J’ai eu la naïveté de croire que je ne serai pas concernée avant de longues années. La réalité s’est rappelée à moi de manière soudaine et violente.
Malgré les circonstances,  j’ai eu le plaisir de revoir ma (belle) famille. Nous nous sommes remémoré les moments heureux partagés avec le défunt en buvant un (plusieurs) coup à sa santé.  Il y a eu beaucoup de larmes mais aussi des rires, discussions animées et des confidences. L’espace d’un instant, nous avons mis de côté les divergences et les petites querelles inutiles pour nous recentrer sur l’essentiel. Malgré la peine causée par le deuil, j’ai ressenti ce bien être, cette douce chaleur qui vous envahit lorsque vous êtes entourés de ceux que vous aimez tendrement .
Et puis il fallu repartir,  monter dans cet avion pour la énième fois depuis 3 ans, laisser derrière moi mes proches. Cet aurevoir là etait particulier; il avait un goût d’amertume et de mélancolie. Pour la première fois depuis que je suis au Canada, j’ai quitté la France à reculons. Je rentre à Montréal avec la boule au ventre; angoissée à l’idée de retrouver ces longs matins de solitude dans ce pays si froid qui n’est pas tout à fait le mien. Je n’avais pas envie de quitter mes proches car je sais à présent que chaque aurevoir pourrait être le dernier…

Les gens ont tendance à croire que la vie d’expatrié n’est faite que d’aventures extraordinaires, de découvertes mémorables. Je le pensais un peu avant de partir. L’immigration; il est vrai, est faite de toutes ces choses merveilleuses. Mais il y a aussi l’éloignement,  la solitude, la routine, le silence et les blessures du quotidien. Je l’ai appris à mes dépens cette semaine…

Source de l’image ici

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Catégories :Une vie de Gaou

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23 réponses

  1. Mes condoléances et courage pour la suite.

  2. Pleins de belles pensees pour toi et ta famille . On est de tout coeur avec vous. Courage et merci pour ce temoignage qui m’a touché.

  3. Tellement désolée pour ta famille et tous les proches de ton beau grand père. C’est un des événements de la vie que l’on redoute le plus, et lorsqu’on est loin de ses proches, c’est si compliqué… Bon courage à vous tous.

  4. tout plein de courage à vous ❤

  5. Plein de pensées à vous!!
    J’ai loupé des mariages, des retrouvailles familiales, des cousinades… mais je n’ai pas eu à vivre ça…

  6. Bonjour,

    C’est la première fois que je vous laisse un commentaire. Nous sommes à Montréal depuis presque 6 ans et 3 ans après mon arrivée je perdais aussi mon grand père. De mon côté, je n’ai même pas pu rentrer…infernale affaire je dirais, vivre cela de si loin, j’en étais très détachée, jusqu’au moment où j’ai pu rentrer et commencer mon deuil. Je vous souhaite pleins de courage dans cette épreuve, qui mis à bout des épreuves avec l’immigration n’est pas évidente!

    • C’est clair que ce n’est pas evident. Nous avons eu la chance de pouvoir rentrer mais parfois, on doit suivre tout cela de loin et ce n’est pas facile. Merci pour ton gentil commentaire 🙂

  7. Mes condoléances à Mr G et à vous deux les filles…. Mes pensées vous accompagnent…

  8. Très juste… la distance rend les choses parfois bien cruelles… que la terre lui soit légère comme on dit par ici. ❤

  9. Mes pensées vont vers vous trois, câlin à Miss Gaou qui doit avoir du mal à comprendre…

  10. Je vous souhaite du courage et je comprends tout à fait ce que tu dis. Bisous.

  11. Je suis en train de lire « L’énigme du retour » de Laférrière. J’ai forcément pensé à toi et ta douloureuse nouvelle. Bien du courage

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