Les élucubrations d’un illustre inconnu

20160217_033848Les mots, les phrases que vous vous apprêtez à lire n’ont aucune vocation. Ce ne sont que des pensées couchées sur le papier. Je ne suis pas un philosophe, beaucoup de personnes vous le confirmeront! Je ne suis pas un sophiste pour autant. Je suis un citoyen lamda qui, comme beaucoup d’autres de ses contemporains et prédécesseurs a décidé de s’arrêter sur le bord de l’autoroute pour respirer un peu.
Je précise autoroute et non route car l’on serait tenté de penser a la N7 de l’ancien temps où l’on profitait des merveilleux paysages sur la route des vacances. Je ne parle pas non plus de la route vers Royan que je prenais avec mes grands-parents, où l’on s’arrêtait pique-niquer sous les pins, avant de digérer à l’ombre, le nez dans une brise fraîche venant du littoral tout proche. Non. Je parle d’autoroute. Cela sous-entend les lignes droites, le ronron du moteur qui vous hypnotise, les aires de repos surpeuplées, la froideur du macadam.

Je suis (statistiquement) à peine à la moitié de mon existence mais je dois avouer que ces dernières années m’ont donné pas mal de grains à moudre. Le dernier évènement en date est encore tout récent, avec la perte de mon grand-père. Un homme de l’ancienne génération, le seul « homme de la famille » qui habitait avec sa grand-mère, sa mère et sa petite soeur. Un homme qui comme beaucoup des anciens (et anciennes) de leur génération a connu des temps difficiles dont je n’ai qu’une très vague notion par le biais des histoires qu’il nous contait. Rassurez-vous, braves gens, je ne vais pas dérailler vers des discours réactionnaires du style « travail, famille, patrie ». Je veux juste vous donner ici une image d’ensemble.

Mon grand-père disais-je, a été en fait l’image du père que je n’ai pas eu. Je suis allé aujourd’hui l’accompagner dans sa nouvelle demeure et je m’apercois que, jusqu’à la fin de mes jours, je vais devoir naviguer à vue, sans guide. Non pas que je prenais directement conseil auprès de lui (il était, tout comme moi, un taiseux) mais à chaque fois que je retournais chez mes grands-parents, je me ressourçais, me vidais la tête de toutes ces choses qui vous parasitent l’esprit. Et donc indirectement me permettait de mieux repartir de l’avant. La prochaine fois il ne sera pas là. Je n’aurai plus mon phare dans la nuit.

J’aurai toujours ma grand-mère, mais ma grand-mère, c’est celle qui vous chouchoute quand ca ne va pas, quand vous ne pouvez pas sortir du port. Celle qui vous ferait manger son riz au lait sur la tête d’un pouilleux. Celle qui vous faisait des tartines de margarines avec des copeaux de chocolat noir quand elle venait vous chercher après l’école. C’est le confort de votre maison, votre point de départ. Mais sans mon capitaine, où aller? Je ne me sens pas l’âme d’un vieux loup des mers, je suis à peine un moussaillon, tout au mieux un second d’équipage!

Pour autant, ces dernières années, j’avais voulu voguer vers de nouveaux horizons, voir de nouvelles choses, me laisser porter par le vent. J’avais laissé mon phare loin dans le sillage de mon frêle esquif. Et aujourd’hui, je me sens perdu. Pas seulement parce qu’il n’est plus là, mais aussi parce que ce que j’ai trouvé n’en valait pas la chandelle.
Je suis parti de chez moi (la France) il y a à peine 3 ans et j’ai depuis l’impression d’avoir en quelque sorte perdu le contrôle. J’étais sur ma petite route nationale (la navigation maritime me rend malade, point trop n’en faut) et le rythme de croisière était somme toute correctement maîtrisé. Je m’arretais çà et là. Je prenais le temps chez mes grands-parents, je partais en week-end avec les amis. Je profitais de mes (censure) VACANCES. Coté professionnel, bien que fatiguant, mon travail avait quelque chose de stimulant, ne serait-ce que par l’entremise de mes collègues et collaborateurs que je cotoyais au quotidien, des échanges (parfois animés) que nous avions.
Depuis c’est comme si ma voiture avait décidé de se mettre en autopilote. Pas moyen d’en sortir, les portes sont verrouillées. De toute façon, vous ne pouvez pas sauter en marche, cela va bien trop vite.
Mon boulot est répétitif et on ne me demande rien d’autre que le même travail effectué la veille. Je dois prendre sur moi lorsqu’on me regarde avec des gros yeux lorsque j’évoque un jour de congé. Depuis un mois et mes changements d’horaires, je ne vois ma fille qu’un jour et demi par semaine.

Là ou je veux en venir, c’est que l’immigration n’est pas chose aisée. On pense tous le savoir. JE pensais en avoir une idée. Mais je ne partais pas en Asie ou au Moyen-orient. Je partais dans un pays « occidental » et la différence de culture serait moins grande. Et bien, grande ou pas, la différence est bien là. Ceux qui me connaissent vous diront que je suis quelqu’un d’entier (Aurélie A., je t’entends rire d’ici). Pour autant, même s’il m’arrive de dire ce que je pense, je préfère passer mon chemin lorsque je rencontre quelque chose de « différent ». J’entends par là une personne ou une situation qui ne correspond pas à ma vision des choses. Après tout, chacun fait comme il veut. Et dans la mesure où cela n’impacte pas mes proches ou moi, c’est très bien ainsi. La société a besoin de la différence. Pas forcément l’individu. Actuellement, où que j’aille, où que je regarde, TOUT est différent. Passer le chemin ne fait que m’emmener vers un autre chemin que je ne veux pas arpenter.

Lisez ces mots avec précautions car, comme je le mentionnais au tout début de ce long article « ce ne sont que MES pensées couchées sur le papier ». Tout cela pour dire que, selon moi, l’immigration n’est faite que pour des personnes accommodantes. Attention! Rien de péjoratif là-dedans, bien au contraire. Il faut vraiment une flexibilité de l’esprit et une (très) grande capacité d’adaptation. Avec le recul, une tête de c.. / de bourrique comme moi n’avait aucune chance. L’envie de ne suffit pas…

Chers lecteurs, chères lectrices, cet humble témoignage n’est que le récit d’un doux dingue. Prenez ce que vous voulez, ou ne prenez rien, vous n’y êtes pas forcé. Si cela vous semble trop ceci ou trop cela, vous n’avez qu’à passer votre chemin. Assurez-vous juste de pouvoir le faire.

Monsieur G.

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Catégories :Les Gaous au Canada

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8 réponses

  1. Bonjour Monsieur Gaou,

    Merci pour ton témoignage qui montre que l’immigration au Canada n’est pas l’eldorado ni chose facile comme le pense bon nombre de nos compatriotes…. français (surtout ceux qui n’ont jamais immigré – LOL !).

    L’ essentiel, c’est d’avoir essayé de vivre – et d’avoir vécu – une nouvelle aventure ailleurs (loin des nôtres, de notre pays et de nos cultures, sans savoir ce qui y nous attendait), mais ce qui est LE PLUS IMPORTANT selon nous, c’est de ne pas continuer à vivre (et parfois subir) une vie qui ne nous correspond pas, où la tristesse l’emporte sur notre bonheur. Ça n’en vaut pas la peine.

    Bises à toute la petite famille Gaou.

    • Merci pour tes mots. Effectivement, on aura tenté. Cela fait maintenant un petit moment que le plan de retour est en marche. Hors de question de s’abimer la santé. Il faut trouver la patience maintenant 😉

      • Oui, notre santé, notre bien-être et notre bonheur sont à privilégier ! Pour nous, retour prévu en France cet été. Bons préparatifs de retour à tous les 3 !

  2. Chaque expérience nous permet d’en découvrir un peu plus sur nous. C’est sûr si la situation ne convient pas autant chercher une autre solution! Je suis sûre qu’il y a un endroit dans le monde qui est fait pour vous reste plus qu’à le trouver !
    Pour ma part je vis au Sénégal, pays que je connaissais bien avant de m’y installer et bien le choc a été rude malgré tout, 6 mois aprés je commence à trouver ma place. Parmi les français que j’ai pu rencontrer il y a ceux qui voudraient ne plus jamais partir et les autres qui attendent avec impatience la prochaine destination et qui s’organisent une vie entre les deux continents pour « supporter » je n’en ai pas beaucoup rencontré de mitigés ! Bonne chance pour tous vos projets

  3. Je te trouve bien sympathique… pour un français (çà c’est une blague qu’il faut rire) !

    J’aurais préféré que tu fasses 2 articles car pour moi, le deuil et les difficultés de l’immigration sont 2 sujets qui ne vont pas du tout ensemble étant donné que le second va faire sortir des émotions négatives qui ne seront pas bienvenue au moment où ton coeur est trop blessé pour être réceptif à ce genre de choses importantes oui mais tout de même très secondaires quand le coeur est à ce point blessé.

    Pour ton grand-père qui a rempli le rôle difficile de père pour toi, je comprend ce que tu veux dire car il y a déjà 14 ans (mon dieu que le temps passe vite), j’ai perdu mes 2 parents à moins d’un mois d’intervalle (c’est fréquent pour les vieux couples… 58 ans de mariage). Comme toi, j’avais l’habitude d’arrêter les voir en passant lorsque je prenais des marches assez fréquentes de 15 ou même 20 Km.

    Enfin bref, après leur départ et après que la maison familiale (où j’ai habité toute ma vie à partir du jour 1) a été vendue, je continuais à passer par là au cours de mes marches et mon pilote automatique me faisait chaque fois tourner pour pénétrer dans la maison jusqu’à ce que je vois des changements faits par le nouveau propriétaire qui me faisaient alors prendre conscience de la réalité et je faisais aussitôt demie tour tout décontenancé.

    Puis ensuite, c’est dans mes rêves que je faisais cette chose avec la différence que je pénétrais dans la maison et arrivais face à face avec le nouveau propriétaire qui me demandait ce que je faisais là.

    Après m’être fait à l’idée pour la maison (çà a pris environ 2 ans), le problème s’est déplacé et j’ai commencé à rêver à ma mère. Çà c’était vraiment pénible car je la voyais toujours surgir dans ma vie quand elle me manquait mais je ne pouvais pas aller la voir chez-elle car je ne savais pas où elle habitait et elle ne voulait pas me le dire… comme si l’endroit était très moche et qu’elle avait honte.

    Çà fait seulement 1 an ou 2 que j’ai cessé de faire ce rêve affreux et même encore aujourd’hui, après 14 ans, ma raison sait sans le moindre doute qu’ils sont décédés mais mon coeur est encore loin d’en être convaincu.

    Tout çà pour te faire comprendre que je sais ce que tu vis, que la perte d’un être cher change irrévocablement notre vie, que c’est la fin D’UN MONDE très précieux mais pas du tout la fin DU MONDE qui lui, continue à tourner comme si ABSOLUMENT RIEN DE SIGNIFICATIF ne s’était produit.

    Pour ce qui est de l’immigration, j’ai bien aimé la façon dont tu as présenté la chose et je suis même un peu surpris que tu ais pris conscience de certaines chose mais par contre, je sens que tu n’en es encore qu’à la surface du phénomène et qu’il te reste à comprendre le plus important et difficile qui est toute la mécanique interne du phénomène.

    Alors si çà t’intéresse, j’aimerais bien partager avec toi ma « compréhension » du phénomène que tu ne seras bien sûr pas obligé d’acheter et on pourrait aussi s’instruire l’un l’autre sur nos cultures réciproques qui sont ÉNORMÉMENT plus différentes que ce que la majorité des gens (français et québécois) peut imaginer.

    Tout ce que tu as à faire, c’est de créer ce nouveau sujet dans ce blog (d’ici le 20 mars car je ne veux pas surveiller ce blog trop longtemps) et toi et moi on pourra alors échanger nos idées lentement au gré des jours et çà prendra le temps qu’il faudra pour aller jusqu’au bout du sujet.

    • Toutes mes excuses pour la réponse tardive. Tout d’abord, merci pour ton commentaire. Ensuite, merci pour ta proposition mais bien qu’intéressante, je vais passer la main.
      J’ai vécu aujourd’hui une expérience de plus qui m’a mis a genou. Un bon crochet au foie. Et si ce n’est que la surface, j’ai VRAIMENT PAS envie de creuser plus profond. Comme disent les anglophones « enough is enough ». J’en ai vu assez.

      Bonne continuation à toi 🙂

      • Je comprend ta position et je vais la respecter mais tu dois savoir que mon intention n’était pas du tout de creuser pour alourdir ta douleur.

        Mon intention était plutôt de creuser pour comprendre où est le problème et à partir de là, regarder la chose correctement.

        Par exemple:
        Tu as dit que venir au québec n’en valait pas la chandelle (et je respecte cela car le québec n’est pas pour tout le monde) mais pour que cela veuille dire quelque chose, il faudrait que tu dises pourquoi tu as quitté la france et surtout ce que tu cherches au québec.

        J’ai vu beaucoup de français qui ont quitté la france sur un coup de tête, sans raisons vraiment sérieuses, sans préparation et autres et çà c’est correct À LA CONDITION que leur but est de vivre une aventure d’un certain temps suivi d’un retour décidé à l’avance.

        Par contre, si le but est une ÉMIGRATION DÉFINITIVE alors là, c’est la recette parfaite pour une catastrophe et une déception très grande.

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