Le terrorisme, ça n’arrive pas qu’aux autres…

IMG_20151120_102719Il y a eu Paris, ces attaques ignobles qui m’ont affectée plus que je ne le croyais. La peine ressentie pour les familles des victimes mais aussi ce sentiment purement égoïste, ce soulagement que j’ai ressenti quand j’ai vu que tout allait bien pour les miens et qui m’a fait culpabiliser.
J’ai assisté impuissante à tout ce qui a suivi ; j’ai eu beaucoup de mal avec cette information anxiogène qui est partout sur les réseaux sociaux. J’ai eu mal pour mes amis musulmans qui doivent encore une fois faire face aux amalgames nauséabonds. J’en ai voulu à tous ces experts / politiciens incompétents qui leur ont demandé de se désolidariser de ces choses dont ils n’ont jamais été solidaires. J’ai résisté à l’envie de clasher tous les pseudo-panafricains de pacotille qui ont violemment critiqué (voire insulté) tous les africains binationaux qui comme moi avaient été choqués et émus par ces attentats. Ces gens qui mettent des échelles de valeur sur la douleur ; ces personnes qui sont aveuglées par leur haine de la France au point de devenir méprisants et insensible à l’horreur. J’ai été raillée pour avoir osé dire que j’aime la France et que Paris est ma ville de cœur. Tous ces gens à l’esprit étriqué qui ne se souviennent de leurs morts que lorsque les pays occidentaux sont touchés par des drames. J’ai écouté sans rien dire les donneurs de leçons en tous genres, tous ces gens bien intentionnés qui changent le monde derrière leur petit clavier avec des tweets.
J’ai pensé à ma famille et à mes amis qui sont à Paris la peur au ventre et qui doivent continuer à vivre comme si de rien n’était, aux familles des victimes et à leur deuil. Mon cœur a saigné encore et encore comme celui de milliers de personnes sur cette planète.
J’ai aussi pensé à tous ces hommes et femmes qui risquent leur vie pour aller sauver des innocents et qu’on ne remercie que très rarement.

Bref, comme tout le monde, j’ai passé une semaine difficile mais il n’y a pas à dire, quand ça ne nous touche pas directement, la peine et l’empathie ont beau être intense, ça reste distant, loin de nous. C’est un peu comme un écho de douleur que l’on ressentirait du fond de sa petite bulle quotidienne mais qui ne nous affecte pas totalement.
Les jours ont passé tout doucement, j’ai commencé à remonter la pente. Au départ, je ne souhaitais pas m’exprimer ici sur ces attentats. Tout comme sur l’attentat contre Charlie Hebdo, j’avais prévu de mettre une image sur mon blog. Je ne voulais pas m’étaler et écrire sur des sujets que je ne maitrise pas vraiment. Je m’apprêtais à publier un billet sur les mojitos et l’alcool quand il y a eu Bamako…

J’ai appris l’attentat sur les réseaux sociaux ; tous les matins au réveil, je vérifie les nouvelles en ligne et je consulte mes mails. C’est ma routine depuis que je vis loin des miens.

Tout allait bien puis il y a eu ce message qui m’a fait basculer de l’autre côté de la barrière. Celui qui m’a fait passer à l’ignoble statut de « proche des victimes ». Ce message d’horreur commençait ainsi ceci : «Ton papa est parmi les otages du Radisson de Bamako… »
Je me suis effondrée à la lecture de cette phrase. A aucun moment je n’ai pensé que mon père pouvait être parmi les otages. Je le savais à Bamako pour le travail mais j’étais à mille lieux d’imaginer qu’il allait vivre des moments aussi difficiles. Après la lecture du message il y a eu l’attente et l’angoisse. J’ai finalement appris qu’il allait bien et qu’il avait été libéré. J’ai ensuite pu lui parler, à peine quelques minutes.

L’espace d’un instant, je me suis retrouvée encore une fois dans la peau de la petite fille sans défense qui a besoin de son papa. Entendre sa voix si familière me dire : « je vais bien ma chérie ; je suis hors de l’hôtel pieds nus, avec uniquement un pantalon mais je vais bien », ça n’a pas de prix. Je comprends à présent ce qu’il veut dire quand il me dit que je serai toujours sa petite fille quelque soit mon age.

Tout le monde n’a pas ma chance et des familles entières vont devoir encore enterrer des proches. Tous ces gens sont morts pour rien et c’est révoltant.

Cet évènement m’a aussi renvoyé en pleine face les inconvénients de cette vie d’expatriée que je me suis choisie. Je suis encore une fois loin des miens dans les moments difficiles. Je ne pourrai pas serrer mon père dans mes bras, le toucher pour m’assurer que tout va bien avant de très longs mois. Je ne peux pas me dire que je le verrai dans quelques jours quand tout ça sera fini. Je dois juste me contenter de ces quelques mots échangés sur une ligne d’urgence et me consoler en me disant que l’homme que j’aime le plus au monde a survécu à une attaque terroriste …

 

L’auteur de l’image d’illustration est @hervebeaudry

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Catégories :Une vie de Gaou

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27 réponses

  1. Quelle horreur ! J’espere que ton papa va bien et qu’il ne restera pas trop marque par cette horrible experience…
    Bises, Lucile

  2. Je suis soulagée de lire que ton papa va bien… Je n’ose imaginer ce que tu as du ressentir… Je t’envoie plein de ❤ (et non, ça n'arrive pas toujours qu'aux autres… )

  3. Je suis navrée qu’il ait vécu ça… comme dit Fedora, ça montre bien que ça n’arrive pas qu’aux autres et que tout bascule vite. Mais ne te sens pas coupable, tu montres bien dans cet article que ton coeur est à deux endroits et même si tu n’étais pas expat, tu ne pourrais pas te dédoubler 🙂

  4. Courage chère Gaou, contente que ton papa s’en soit sorti…je comprends tout à fait ce que tu ressens, ayant moi-même ma famille en Afrique et en France.

  5. Ne culpabilise pas d’être loin. Le sentiment d’impuissance, et avec d’amour n’a rien à voir avec la géographie. Je t’embrasse.

  6. Je ne te connais pas mais je t’envoie plein de douceur pour te réconforter de tout ça.
    Quelle angoisse ça a dû être.
    Une pensée d’Afrique (du nord)…

  7. j’ai eu des frisson à la phrase « ton papa fait parti des otages »et c’est là que l’ on se dit effectivement que cela n’arrive pas qu’aux autres
    je suis contente que ton papa aille bien j’espère pour toi que tu pourra le serrer fort dans tes bras d’ici quelques temps

  8. Je ne sais que te dire… On a aussi pris cela de plein fouet, tant à Paris qu’à Bamako… Et comme tu dis « Cet évènement m’a aussi renvoyé en pleine face les inconvénients de cette vie d’expatriée que je me suis choisie »… Pour le moment, nos très très proches ont été épargnés, mais tout comme toi, c’est désormais l’angoisse à chaque nouvelle lu sur les journaux, à chaque sms reçu à n’importe quelle heure… Embrasse fort fort ton papa via écran ou phone interposé… Des énormes bises de solidarité

  9. C’est là qu’on se rend compte que le monde est bien petit, que notre existence est bien précaire mais que la chance QUI FAIT TOUTE LA DIFFÉRENCE est avec nous.

    Dans cet hotel de Bamako, il y avait aussi 3 québécois dont un (il a parlé à la télé hier) qui était sensé être dans le restaurant pour déjeuner mais il a décidé de le reporter d’une heure pour faire un appel conférence.
    Çà lui a sauvé la vie !

    Je ne connais pas la raison de cet attentat à Bomoko.
    Sans savoir si c’est vrai, on a dit à la télé que les terroristes demandaient aux otages de réciter une partie du coran et que si ils en étaient incapable alors c’était terminé pour ceux-là.

    Pour Paris, les français pense que la cause est la participation de la France dans la coalition mais personnellement j’en doute car jusqu’à cet attentat, la France ne participait pas plus que le canada aux frappes aériennes. Je pense plutôt que la france a été ciblée tout simplement parce que c’est la france avec son passé et que c’est aussi une cible très facile du fait de sa situation géographique, de la perméabilité de l’espace euro et bien sûr aussi de la proximité de ce quartier défavorisé de Belgique.

    En tous cas, j’aime bien la façon que la france a réagit militairement ainsi que celle des russes et dans ce contexte où tous les pays se donnent la main pour vaincre l’EI, çà me fait vraiment honte de voir le canada se retirer des frappes aériennes.

  10. C’est terrible de lire cela. Comme Pomdepin le dit plus haut dans son commentaire, tu n’es en rien responsable. Ne te sens pas coupable. Je suis certaine que ton papa ne le pense pas une seconde. Je te souhaite de le revoir bien vite et de passer de doux moments en sa compagnie. Pensées amicales.

  11. Mon dieu, tu as dû te sentir tellement vulnérable… je suis heureuse qu’il aille bien. C’est moche. C’est moche, parce qu’on pense à nos proches qui vont bien, puis aux autres personnes qui ne vont pas bien, puis on se demande… mais putain, tout ça pour quoi et pourquoi??

  12. près ou loin, nous restons impuissants face à… ça. Mais je comprends ce que tu veux dire. Je ne sais pas trop quoi dire… ❤

  13. je vous envoie à toi, ton papa et toute ta famille tout plein de courage car je n’imagine même pas comment vous vous sentez après coup…. *hug*

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