L’immigration, ils en pensent quoi les enfants?

2007_report_child_planeMon titre est généraliste mais ce billet va parler de ma petite expérience. Si vous lisez mes petites aventures, vous savez que j’ai débarqué au Canada avec une Mam’zelle Gaou dans mes valises. Avant d’immigrer, j’ai pris soin de me renseigner sur la vie ici avec un enfant. D’ailleurs si nous avons débarqué à Toronto plutôt qu’à Montréal, c’est aussi parce que la petite qui avait 4 ans à l’époque ne pouvait pas aller à l’école au Québec. Elle était déjà scolarisée depuis 2 ans en France et il était hors de question de la déscolariser pour la mettre en garderie. Son adaptation était ma priorité; je ne voulais pas que son déracinement soit traumatisant.

J’avais lu un peu partout que les enfants s’adaptaient à tout et qu’ils vivaient très bien l’immigration. Son bien-être étant au coeur de nos préoccupations,  nous avons pris le temps de lui expliquer en détail ce qu’immigrer voulait vraiment dire. Il était important pour nous qu’elle réalise que nous allions l’arracher à cet environnement familier qui était le sien. Ma fille et moi discutons énormément. Il faut dire qu’elle parle beaucoup. Elle a beau être une enfant, je trouve qu’il est important que son père et moi soyions à son écoute même si son vote est nul et non avenu pour l’instant.

Son intégration au Canada n’a pas été aussi facile que prévue.  Elle a tout de suite été acceptée à l’école à Toronto après avoir passé des tests de niveaux. Cependant, elle a eu beaucoup de mal à s’y faire des amis. Elle a eu des gros problèmes d’intégration car les enfants parlaient anglais entre eux. Elle était pourtant dans une école francophone. De plus elle s’est très vite retrouvée confrontée à une violence verbale et physique qu’elle n’avait jamais expérimentée.

Un petit garçon de son âge n’a pas arrêté de la harceler pendant plusieurs semaines. Il la frappait, lui a dit plus d’une fois qu’il allait lui couper la tête et l’a traitée à plusieurs reprises de sale negresse. Son école avait une équipe de football (soccer), elle nous a demandé si nous pouvions lui payer des cours et nous avions accepté. Elle a finalement refusé de s’inscrire quand elle a appris que le petit garçon en question faisait partie de l’équipe. L’école est intervenue et nous avons demandé à rencontrer les parents pour en parler. Le jour de la réunion, le père du dit garçon qui discutait avec Monsieur Gaou a quitté la salle en me voyant arriver…
Aussi étrange que ça puisse paraître, c’est la puce elle même qui a fini par régler le problème avec son petit camarade. Un jour il lui a (re)dit que sa peau noire et ses cheveux bouclés le dérangeaient.  Elle lui a répondu: « Écoute, tu me dis tout le temps ça mais ce n’est pas mon problème. C’est toi que ça dérange, c’est à toi de trouver une solution pour aller mieux. » avant de tourner les talons. C’est une dame du service de garde qui nous a raconté la scène entre deux fous rires. Il ne l’a plus jamais embêtée après ça. Il aurait même essayé de jouer avec elle par la suite. L’homme et moi n’en avons jamais voulu à son petit camarade. Après tout ce n’est qu’un enfant. L’école n’a pas insisté auprès des parents (le fameux refus du conflit à la Canadienne?); mais elle a quand même fait plusieurs ateliers aux enfants pour leur expliquer pourquoi ce genre de comportement était condamnable.

En plus des débuts chaotiques à l’école, elle a eu beaucoup de mal avec l’éloignement familial. Les séances de Skype avec ses grands-parents paternels étaient une déchirure. Les grands-parents n’arrêtaient pas de pleurer; ce qui faisait pleurer la petite. C’était vraiment pénible étrange comme situation. Surtout pour moi qui n’ai jamais vu mes parents verser une seule larme (ou se plaindre) sous prétexte que nous sommes tous à l’autre bout du monde.
Pendant cette période; elle lisait souvent le livre « Le loup qui voulait faire le tour du monde » d’Orianne Lallemand et Eleonora Thuillier (paru aux éditions Auzou). Elle l’aimait beaucoup parce que le loup finit par rentrer chez lui. Durant les 3 mois qui ont suivi notre installation, Mam’zelle Gaou a refusé de sortir ses jouets des valises. Elle disait qu’elle voulait rentrer à Paris et que ses affaires étaient prêtes. Aujourd’hui nous en rigolons mais nous avons passé des moments extrêmement difficiles. Vous l’aurez compris les premiers instants de notre fille au Canada ont été un peu compliqués.
Au fil du temps, chacun s’est habitué à cette nouvelle vie et Mam’zelle Gaou a retrouvé sa joie de vivre.

Le déménagement à Montréal en revanche s’est passé sans aucun problème. Elle s’est intégrée très rapidement à sa nouvelle école et son nouveau quartier. Sur le plan scolaire, elle n’a jamais eu aucun problème; à Toronto comme à Montréal ses résultats sont vraiment très bons. Je vous reparlerai en détail de la scolarité dans un autre billet. Il lui arrive de nous parler de sa vie à Paris, des cousins et des cousines qui lui manquent et des événements familiaux qu’elle rate, mais elle n’est pas triste comme c’était le cas les premiers mois. L’immigration l’a changée sur beaucoup de plans. L’expérience torontoise l’a endurcie et l’a fait mûrir. Elle est plus dégourdie qu’avant et va facilement vers les autres. Elle s’est finalement adaptée à la vie ici. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une petite Canadienne car elle a gardé son petit côté râleuse et son accent parisien mais tout va bien.

Je lui ai demandé récemment si elle était contente d’avoir immigré au Canada. Elle m’a répondu qu’elle était contente d’être avec nous quelque soit l’endroit. Elle a rajouté (en rigolant) qu’il aurait fallu lui demander son avis avant de quitter Paris…


L’image vient de Google

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Catégories :Le coins des petits Gaous

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24 réponses

  1. Ça a dû être difficile à vivre, mais au final l’expérience semble enrichissante. Bravo à ta puce pour avoir faot arrêter le bully !! C’est génial !

  2. Nice read! J arrive pas à m y faire du racisme flagrant…surtout entre enfants…ca me stresse deja pour ton neuveu ki vient à peine de commencer l’ecole (et ils ne sont k 2 noirs dans toute l’ecole…)

    • Il ne faut pas stresser. Je suis convaincue qu’un enfant n’est pas raciste. Il ne fait que répéter les propos de ses parents. Si jamais ça arrive je suis certaine que tu sauras comment réagir 😊

  3. Je suis sciée par l’expérience que ta fille a vécu avec les autres gosses. Quand je vois la garderie de Mark, où on voit bien que tous les enfants sont de culture et d’origine différente, ainsi que les employées, je vois mal comment des propos racistes pourraient avoir lieu d’être (de toute façon, ils n’ont JAMAIS lieu d’être). Moi qui pensait qu’au Canada, ça arrivait moins… 😦

    • Je me dis qu’on est mal tombés. C’est le seul qui l’ait embêtée. C’est très étrange parce qu’elle s’entendait super bien avec la soeur du gamin. Ils ont fait leur fête d’anniversaire, la gamine voulait inviter ma fille mais ses parents ont dit non. Je te dis pas la gueule quand elle l’a appris.
      Moi j’ai surtout eu du mal avec l’attitude de l’école qui va insister auprès des enfants et ne pas dire grand chose aux parents. Enfin bref c’est derrière nous tout ça. ..

  4. So it was the dad who was teaching his son this disgusting behaviour kmt. Glad your daughter is ok now and has grown from it. by the way I love she loves herself so much and understood at such a young age he was the one in the wrong; you taught her well. Sorry my French writing skills is not great.

    • Yeah, I think it was the dad. I met the mom a couple of time and she was nice to me and very polite. A kid don’t have that type of idea himself it always comes from an adult. Anyway it’s behind us now.
      Thank you so much for reading my blog 😊

  5. Que ce soit avec ses copains ou avec toi, je suis complètement fan de l’art de la réplique de ta fille !!
    Je découvre ton blog, je le trouve très très chouette.. Je vais revenir très vite 😀

  6. Elle a ajouté cette dernière phrase en rigolant, mais pas tant que ça !! On dit que les enfants s’adaptent à tout mais j’ai remarqué que pour plusieurs cas ça a été plus long ou plus difficile que ne l’auraient pensé les parents ! Heureusement ces démarrages difficiles sont derrière vous maintenant et ta fille est une chef ! (et la famille de ce petit garçon aussi !!!). Ici, entourés d’expat, nous avons pour l’instant un autre défi : voir les amis partir les uns après les autres, et s’en refaire d’autres qui partiront aussi…

    • Tu ne sais jamais qui tu va croiser sur ta route alors tu ne peux pas affirmer à 100% que tout va bien aller. Ah oui les copains qui partent c’est compliqué aussi…

  7. sa réponse à l’enfant est grandiose!! J’appréhende parfois les réflexions que la 5 ans se prendra à notre retour dans l’hexagone. Mais je me dis que de toute façon, ça arrivera… forcément… et qu’il faudra qu’elle apprenne à gérer ça.

  8. Intéressant de lire ce témoignage sur le point de vue de l’enfant. Avec mon conjoint nous avons émigré au Canada et on considère que c’est une chance de pouvoir vivre cette aventure maintenant, tant que l’on a pas d’enfants, car cela n’engage que nous et si on se plante cela n’aura de conséquence sur personne d’autre. Mais c’est un avis très personnel et cela ne veut pas dire que l’on voit d’un mauvais œil l’immigration des familles avec enfants ; juste qu’on ne pense pas qu’on l’aurait fait, car peut-être pas assez « solides » ; et qu’on apprécie de vivre cette aventure sans avoir à se poser trop de questions.
    Quelque chose que je me suis toujours demandé, c’est comment les familles qui embarquent des enfants dans cette aventure gèrent la « déception » de ces derniers, s’il y a lieu, en arrivant. Parce que j’imagine que quand on est parent et qu’on cherche un convaincre un enfant que « ça va être bien » (pour le rassurer avant le départ), certains parents doivent beaucoup insister sur les côtés positifs de l’aventure, quitte à exagérer un peu… Donc en arrivant, quand l’enfant se rend compte que la vie au Canada n’est pas faite de balades à dos de Caribou et de roulades quotidienne dans la neige (je plaisante ;-)) et enfin bref, de tous les trucs cool dont on a bien pu lui parler pour lui donner envie ; il doit bien y avoir une petite phase de déception… Finalement pour un enfant, la vie au Canada est-ce que ce n’est pas juste « la même chose qu’en France (ou son pays peu importe lequel) mais sans la famille et les copains d’avant » ? Oui un enfant pourra se recréer un environnement, se faire de nouveaux amis, s’adapter ; mais j’ai vraiment le sentiment que c’est une aventure qui apporte plus aux parents, au final. Quand on parle d’enrichissement pour l’enfant, est-ce qu’on exagère pas un peu sur le rôle de l’expérience au CANADA ? Dans le cas de ta fille par exemple, les événements que tu décris, finalement pour la plupart ce sont des situations qu’elle aurait peut-être rencontré tôt ou tard en France (lors d’un déménagement ou tout autre changement de la vie), et qui l’aurait autant fait grandir là-bas qu’ici, non ?
    Bref, ce sont vraiment plus des interrogations que des affirmations, tout ce que je dis là, donc j’espère que ce commentaire ne sera pas mal pris. J’insiste sur le fait que ce n’est pas un jugement mais juste une réflexion que je me fait, sans jamais avoir eu l’occasion d’échanger avec des personnes étant dans ce cas là (ayant immigré avec des enfants)… Donc je n’ai pas d’avis arrêté.

    • Je ne prend pas mal le commentaire. Je peux comprendre votre point de vue. Moi je pars du principe que mon enfant ne doit pas être un frein à la réalisation de mes rêves ou à mon épanouissement. Je ne sais pas ce que font les autres parents mais nous n’avions pas du tout insisté sur le côté « loisir » que vous décrivez. Il était important pour nous qu’elle comprenne que ça allait être un changement radical qui pouvait être difficile certains jours.
      En tant que parent on est obligé de faire des choix pour nos enfants. C’est aussi notre responsabilité. On ne peut pas leur demander leur avis sur tout. On ne leur a pas demandé avant de les mettre au monde.
      Quand on part avec des enfants, il y a un minimum à prendre en compte. Je ne serais pas venue en PVT ou avec très peu d’économies par exemple.
      Pour ce qui est de se planter, je pense que les (jeunes) enfants sont ceux qui perdent le moins si on se plante. C’est mon humble avis. De toute façon que l’on parte à 2 ou en famille il y a toujours une part de risque. Le tout c’est d’en être conscient et de pouvoir assumer les conséquences.
      Mon commentaire est un peu décousu mais j’espère avoir répondu en partie 😊

  9. C’est incroyable l’absence de réaction de l’école torontoise face aux comportements inadmissibles de ce petit garçon.
    Heureux de lire que tout va beaucoup mieux pour elle à Montréal !
    Idem à Vancouver, dans l’école francophone de mes filles, en récréation ça ne parle que l’anglais à quelques exceptions près, et elles sont maintenant quasi fluent. A la maison, c’est le français avant tout par contre !

    • Ah oui nous avons été un peu surpris par leur côté « c’est pas grave la réaction des parents on va faire des ateliers aux enfants… »
      Tu sais même à Montréal elle est entourée pas une bonne partie d’anglophones. Elle ne parle pas couramment comme tes filles mais ça va. En plus elle a des cours à l’école et nous complétons à la maison 😊

      • Oui Montréal est la ville où il a le plus d’anglophones au Québec…L’exception du Québec. Dans une province anglophone comme CB, il faut vraiment que nous parents maintenons le français à la maison ; sinon les risques sont élevés pour que le français ne soit plus une langue naturelle. Je souhaite pour elles un vrai bilinguisme 🙂 Ta fille à Montréal sera aussi bilingue .

  10. j’adooooore la réaction de ta fille par rapport au garçon qui la harcelait! vraiment géniale et incroyable de maturité! j’ai trouvé ton article très intéressant. On va faire le voyage en sens inverse avec un bébé qui se rendra compte de rien, ça va faciliter les choses quelque part!

  11. Si jeune et déjà ‘dotée’ d’une si belle confiance en soi. Elle saura certainement tirer son épingle du jeu. Bien évidemment en tant que parent il faut toujours rester aux aguets☺.

  12. Miss Gaou a du répondant dis donc ! Et tant mieux, c’est une sacré force ! Bien dommage de se faire à la réaction de l’école en revanche… et bien entendu des parents de ce petit garçon qui subit leur idioties (le mot est faible…). En tout cas, ça fait réfléchir, même si au bout d’un moment tout roule, c’est finalement pas toujours plus simple pour les enfants d’immigrer… Des bises

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