Je ne suis pas la mère que je voudrais être

image 1«Maman quand je sera grande je partira.»

«Tu n’iras nulle part avant d’avoir appris tes conjugaisons.»

C’est cette conversation anodine qui m’a poussée à la réflexion. J’ai regardé ce petit bout de femme qui a chamboulé ma vie il y a 5 ans et j’ai réalisé que je ne suis pas la mère que je voudrais être. Je suis une angoissée de nature. Je stresse, je suis maniaque, j’ai besoin de tout contrôler et  que tout soit parfait tout le temps. Et pourtant avec elle, j’apprends à être imparfaite et à l’accepter. Avec elle j’ai découvert la peur, la vraie, celle qui prend aux tripes et qui immobilise. Le lendemain de sa naissance, quand elle failli me quitter comme ça sans prévenir. Mon cœur s’est arrêté et est reparti quand j’ai vu qu’elle allait mieux. Mais cette peur, cette angoisse de ne pas être à la hauteur pour elle ne m’a jamais quittée. Depuis, je me bats contre moi-même, à chaque instant.

Je voudrais être possessive et la garder pour moi. La couver et la préserver du monde. Mais je la laisse vivre et faire ses découvertes. Je la laisse être indépendante, aller vers les autres. Je ravale mes craintes quand je la vois courir ou monter sur un muret. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand elle fait un caprice, qu’elle fait du chantage affectif et me regarde avec ses grands yeux rieurs, je monte le ton et la réprimande, je lui apprends à respecter, à obéir et à écouter alors que je n’ai qu’une envie, celle de céder, de la prendre dans mes bras, de lui murmurer qu’elle est tout mon monde et que tant qu’elle sera avec moi rien de mal ne pourra lui arriver. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand il a fallu la déposer à l’école pour sa première rentrée, qu’elle avançait fièrement avec son nouveau sac à dos et son petit manteau, je l’ai laissée s’éloigner et quand elle s’est retournée, j’ai ravalé mes larmes et je lui ai souri. J’ai pleuré après seule, à la maison. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand ce petit garçon l’a embêtée, lui a mis des coups de poing et lui a craché à la figure, je lui ai expliqué qu’il ne fallait pas répondre à la violence par la violence alors qu’au fond de moi, je voulais débouler dans sa classe avec un gourdin et vociférer comme une sauvage que le prochain qui la touche aurait affaire à moi. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand je l’ai laissée à deux mois et demi chez sa nounou, je voulais me mettre en tenue de camouflage derrière un buisson toute la journée avec des jumelles pour l’espionner mais je n’ai rien fait de tout cela. Je lui ai murmuré que tout irait bien et je suis partie. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand elle est partie la première fois en vacances, sans nous chez ses grands-parents, que j’ai fait son petit sac et  j’ai plié sans rechigner ses petites affaires. J’ai souri, souri de la voir aussi heureuse de partir comme une grande. Elle ne m’a pas vue pleurer, je ne lui ai pas dit à quel point j’étais triste de la voir partir. Je ne lui ai pas avoué que j’avais peur, peur de manquer des moments importants de sa vie. Non je n’ai rien dit, je l’ai encouragée, j’ai refusé de la rendre esclave de mes angoisses. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand je pars travailler, et que parfois elle me demande de rester, je voudrais lui dire qu’elle a raison, jeter l’ordinateur et rester là avec elle toute la journée à manger des bonbons et regarder des dessins animés idiots (tout sauf Dora par contre faut pas pousser) mais au lieu de ça, je prends mon air sérieux et je lui explique pourquoi il est important que j’aille travailler. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand elle est malade, qu’elle n’est pas en forme, qu’elle perd un peu de cette énergie qui m’épuise, je me fais rassurante, je reste calme alors que je suis en panique, je voudrais hurler, pleurer, maudire le sort qui joue avec mes émotions. Mais je reste calme, je ne me laisse pas aller à la panique. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand j’entends son rire cristallin résonner dans toute la pièce, je voudrais sauter au plafond, appeler la terre entière et dire que mon enfant a le rire le plus merveilleux de toute la galaxie. Mais non, je reste là sourire béat aux lèvres et je la regarde en me disant que j’ai fait cet enfant extraordinaire. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Quand elle dessine sur les murs avec mon rouge à lèvres hors de prix, qu’elle se barbouille le visage avec mon maquillage, celui qui m’a couté un rein, qu’elle enfile mes chaussures pour jouer, je lui fais comprendre que je ne suis pas contente. Alors que je voudrais prendre sa petite bouille entre mes mains et la couvrir de baisers. Je ne suis pas la mère que je voudrais être.

Lorsque le moment viendra, qu’elle m’annoncera qu’elle s’en va découvrir le monde et faire sa vie, je mettrais mon cœur en miettes au fond d’un tiroir, je mettrais mon masque de maman fière et je lui dirai «You go babygirl, make mama proud*» parce que je ne suis pas la mère que je voudrais être.

La mère que je voudrais être est possessive, irrationnelle, folle, inconséquente et maniaque. Mais je ne suis pas la mère que je voudrais être parce qu’elle mérite le meilleur.

PS : Si tu lis ce message ma chérie, saches que quand tu auras l’âge de partir, tu partiras, n’imagine pas que tu vas jouer les Tanguy nourrie, logée, blanchie chez nous hein. En attendant va ranger ta chambre. Signé ton papa qui est le père qu’il doit être!

 

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*fonce ma chérie et rend maman fière

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Catégories :Une vie de Gaou

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8 réponses

  1. Tu n’es peur-être pas la mère que tu voudrais, mais quelle super maman tu fais !!! Comment j’en suis si sûre ? Ton article déborde d’amoooouuurr !

  2. Oh c’est très beau et émouvant. On n’est jamais la mère que l’on voudrait être, mais le miracle c’est que très souvent ca marche quand même. Nos enfants apprennent à se débrouiller avec leurs mères qui ne sont pas celles qu’elles voudraient être. Profitez de ces années si merveilleuses de l’enfance qui mènent à celles plus turbulentes de l’adolescence mais merveilleuses aussi. Et puis vient le temps de leur vie adulte et ils ont encore besoin de leurs mères, meme si elles ne sont pas ce qu’elles voudraient être.

    • J’ai lu sur un site (je me souviens plus du nom) «avant j’avais des principes maintenant j’ai des enfants», je trouve que cette citation résume bien ce que l’on peut ressentir en tant que parent. Comme vous dites ca marche quand même. Je dois quand même vous avouer que je redoute un peu la période d’adolescence. Ayant moi-même été une ado très insupportable , je ne suis vraiment pas pressée d’y être et je comprends enfin ce que mes parents ont pu ressentir 😆

  3. Tu n’es peut être pas la mère que tu voudrais, mains tu es certainement la mère qu’elle veut!

  4. Je crois qu’aucune d’entre nous n’est la mère qu’elle aurait voulu être. Et je crois aussi qu’on place la barre bien trop haut! Ben oui, on est imparfaites. Humaines, quoi. J’aurais aimé être la mère qui ne crie jamais, qui n’en n’a jamais marre de s’occuper de fiston, qui a des trésors de patience, qui ne se plaint jamais, ne s’énerve jamais, fait tout bien comme il faut…

    Ben non. J’ai pas d’auréole au-dessus de la tête. Devenir mère c’est pas arrêter d’être femme, une personne à part entière qui, des fois, n’a juste pas envie de rigoler quand la nourriture atterrit encore par terre ou quand elle se prend un coup de genou (les p’tits sont brutaux sans le faire exprès!).

    Mais j’ai découvert que je pouvais aussi être maman ours, genre touche pas à mon fils, que l’amour qu’on peut ressentir est parfois tellement fort que ça fait peur, que les larmes de fierté qui montent aux yeux quand nos enfants nous surprennent (en bien!) sont bien vraies.

    Bref, on est des « good-enough mothers » et puis voilà.

  5. Article très émouvant qui me fait penser au ton employé sur le blog http://laissetomberlapoussiere.blogspot.ca !

  6. Article très touchant.
    Avec mon copain nous sommes en essaie de BB1.
    Hâte de sentir un être grandir en moi, hâte de donner la vie, hâte qu’on soit une « vraie » famille avec mon bibiche, hâte d’être môôôôman !!! 😍

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