Un an à Toronto que du bonheur…NOT

great perhaps

«Je m’en vais chercher un grand peut-être…» François Rabelais

Voilà,  une année entière que je suis  à Toronto ; je pourrais vous dire que c’est  génial et que je revis depuis que je respire l’air de l’eldorado Canadien  mais ce serait  un mensonge éhonté.  Comme je vous le disais déjà ici, nous avons accompli beaucoup en peu de temps. Je suis venue ici sans aspirations particulières,  j’avais surtout envie de découvrir une autre culture et de réaliser un projet vieux de 10 ans.  Il est temps de faire le point, de donner mon avis sur cette année d’immigration.

 

Emploi: C’est le point central d’une bonne immigration selon moi car on  passe la majorité de son temps au travail. Je ne vais pas vous dire que travailler au Canada est  différent de ce que j’ai pu connaitre ailleurs. C’est une évidence.  Ici les conditions de travail sont plus libérales.  Les gens sont plus mobiles, on dit qu’il y a plus de flexibilité, moi je vois surtout de la précarité.  Même si j’ai trouvé un boulot correct et bien rémunéré, mes attentes ne sont pas totalement comblées sur le plan professionnel.

Après quasiment un an d’expérience Canadienne (et plus de 8 ans en France) dans mon domaine, je n’ai que des propositions d’emploi inintéressantes pour la plupart. Il est bien loin le discours euphorique des recruteurs présents dans les forums d’emploi en France. Eux qui m’assuraient que les portes des employeurs s’ouvriraient après une micro expérience canadienne sont aux abonnés absents depuis mon arrivée. Je suis consciente qu’une année c’est court dans une carrière. Mais j’ai rencontré beaucoup d’immigrants qui  n’ont toujours pas d’emploi qualifié dans leur domaine de compétences et ce même après 3-4 ans sur place.  Je reste convaincue (c’est mon avis) qu’il y a une incohérence entre le discours / le processus de sélection du  gouvernement Canadien et la plupart des employeurs locaux qui sont frileux pour embaucher les immigrants.

Environnement : Toronto est vraiment une ville magnifique.  Je ne suis pas tout de suite tombée sous son charme. Mais avec le temps, j’ai appris à la découvrir et à l’apprécier. L’atmosphère générale y est très agréable.  Je ne sens aucune agressivité dans la ville. La délinquance y est quasiment invisible. Je n’ai pas croisé de petites frappes ou de racailles qui font la loi dans les espaces publics.  À aucun moment je ne me suis sentie  en danger dans les rues (et ce même tard le soir) et c’est vraiment du bonheur.

Coût de la vie : Comme je vous l’ai dit, je trouve ridicule de comparer à la France.  La monnaie n’est pas la même et  les taux de change évoluent. Ça n’a donc aucun sens de faire des parallèles entre  le coût de la vie /niveau de vie à Paris vs Toronto. Je vais donc (re)dire que la vie est chère à Toronto. Le loyer, les frais de garde, les soins médicaux, la voiture (consommation et entretien), les services internet coûtent extrêmement chers. Il nous a fallu un budget d’installation conséquent. Je suis convaincue que si nous avions dû nous contenter de postes sous qualifiés / mal payés, nous n’aurions pas pu vivre convenablement.

Vie sociale : Même si j’ai de la famille ici et des amis de longue date au Québec, un  an à Toronto c’est aussi la solitude. Se faire des amis en si peu de temps n’est pas chose aisée. On dit souvent que les Torontois sont froids et difficiles à aborder. C’est vrai mais je trouve surtout qu’il est dur de se faire des amis en tant que nouvel arrivant quel que soit le pays .Surtout quand on en arrive à un âge avancé. L’amitié est un processus qui s’inscrit dans la durée. En France il m’a fallu de longs mois /années pour tisser des amitiés sincères et durables. Je ne suis donc pas spécialement surprise. D’autant plus que je ne venais pas ici pour ça. La mauvaise surprise est venue du silence radio de certains restés en France.  J’ai fait le deuil de ces relations sans intérêt.

Éloignement Familial: Je vis loin de ma famille depuis  15ans. J’ai cru à tort que cette nouvelle immigration serait facile sur ce plan et bien mal m’en a pris. Ma famille me manque terriblement. Parler à mes parents tous les 15 jours (téléphoner en Afrique coute un bras), ne pas appeler spontanément ma sœur à cause du décalage horaire, rater l’anniversaire de mon neveu, ne pas aller à tel ou tel évènement familial. Je le fais depuis des années mais tout ça me parait plus intense, plus insupportable à Toronto.  En ce qui me concerne Skype, Facebook ou un mail ne sont pas des ersatz acceptables. Je sais que je ne vivrais pas forcement près de tous les membres de ma famille mais je ne conçois pas de les voir une fois tous les 5/10 ans pendant 2 misérables semaines.

Immigrer en Famille: Immigrer en famille est un sacré défi, c’est rajouter une difficulté supplémentaire à sa vie de couple qui n’est déjà pas un long fleuve tranquille. Chacun vit son immigration différemment.  Nous avons eu chacun notre tour des périodes de doutes et de découragements. Il faut  être très soudés, mais aussi apprendre à ravaler sa fierté pour avouer à l’autre qu’on est en train de sombrer.  Ça a été la partie la plus difficile de mon immigration. J’ai toujours immigré seule. Je n’étais pas vraiment préparée à gérer ce genre de situations.

Alors cette année, AMAZING ou pas ?

Cette année à Toronto aura été riche et intense sur tous les plans. Il y a eu les moments d’euphorie, les doutes, les coups de blues, les crises de larmes, le découragement, les petits bonheurs, les voyages, les angoisses, les bonnes surprises, les déceptions, le dépassement de soi, les fous rires, la routine; la vie en somme…

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Catégories :Les Gaous au Canada

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17 réponses

  1. Wahou très beau témoignage! J’ai l’impression de me lire après seulement…4 mois passés au Canada

    • Merci Richard! Vous etes dans quelle ville? Comment avez vous decouvert le blog? Merci du passage en tout cas 🙂

      • Je suis à Sherbrooke! Immigration «familiale» également, avec ses joies et ses peines…Mais on s’accroche car on n’est là que depuis 4 mois. J’ai découvert le blog grâce à une amie française. Depuis, je suis devenu accro 🙂

  2. Parfois quand je te lis, j’ai l’impression de me lire après 1 an au Canada 🙂 Alors je vais faire comme si j’étais Gaou dans le futur.

    Pour l’emploi : c’est normal, au début tu n’auras que des propositions de chiotte et puis les bonnes propositions vont venir mais il faut attendre bien 3 ans on va dire…
    Je vais aussi te dire ce que m’avait dit une nana sur mon blog il y a quelques années : Toronto est la ville où il est le plus difficile de trouver un bon boulot parce que la concurrence est ENORME et vient de partout

    Toronto est une ville super safe, c’est clair ! Par contre, je ne suis jamais tombée sous son charme même après 3 ans… Donc tu es déjà plus chanceuse que moi 😉

    Mais alors, tu te vois passer encore quelques années au Canada ou pas ? Perso, je m’étais donné 3 ans. J’ai fait 3 ans, je suis partie et… revenue. Comme quoi hein. La vie réserve de drôles de surprises.

    • Coucou Lisa. Je suis contente de voir que tu partages mon point de vue. Parfois quand je lis certains temoignages ultra positifs , ultra mievres et roses a souhait, le doute m »envahit et je me demandes si je suis normale de trouver quelques inconvenients à l’immigration au Canada. Pour le boulot moi ca va en fait. C’est le mâle (qui est dans la banque) qui se retrouve vraiment face à un systeme HYPER fermé. Il en parlera mieux que moi dans son bilan à venir dans quelques jours 🙂
      Sinon jài decouvert récemment que ton blog avait une page Facebook et un profil IG alors que je vous suis depuis plus de 2 ans #lalooseinternationale 😆
      A très vite 🙂

  3. Quel bilan ! C’est fou la facilité avec laquelle tu arrives à exprimer les points négatifs ou du moins « pas tout roses » de ton expat. Merci car beaucoup de gens croient que changer de pays, de vie, c’est juste génial…

    • Merci Petite Yaye. J’ai essayé de ne pas répeter ce que j’avais dis dans le bilan des 6 mois. En plus J’essaie justement de nuancer un peu le discours sur le Canada parce-que lorsqu’on arrive en tant qu’immigrant (et non expat 🙂 tout n’est pas aussi rose qu’on pourrait penser en lisant les magazines ou en regardant les reportages sur le sujet.
      J’ai rencontré des gens ruinés par ce projet parce qu’ils s’etaient laissé berner par les sirènes de l’ìmmigration.

  4. Tu as l’air assez déçue quand même…j’espère que c’est juste une question de temps et que tu ne regrettes pas ton choix.

    • Bah non pas déçue, qu’est ce qui te faire dire ca?? je ne regrettes pas mon choix. Venir au Canada est un projet qui me tenait vraiment à coeur. J’aurais plutôt regretté de ne pas l’avoir fait. Ceci étant dit, ca reste une experience qui comprend son lot de difficultés. Mon discours tranche surement avec les recits idylliques et euphoriques qu’on lit sur le Canada mais c’est aussi ca la réalité de mon immigration. J’essaie juste d’être honnête 🙂

  5. Ça m’a pris du temps avant de trouver un bon emploi (et la définition du « bon emploi » dépend de chacun, bien sûr!). Je dirais une bonne année pour trouver quelque chose d’un peu stable et au-dessus du salaire minimum, puis trois autres années pour trouver ma voie dans la traduction. Évidemment, je n’avais pas ton expérience, j’avais 20 ans quand je suis venue au Canada.

    Je crois que les deux premières années, passés les premiers mois d’euphorie, sont les plus dures. Après, les amitiés se forgent et on fait son trou.

    • Oui c’est parfois long de trouver. Moi j’ai eu la chance de trouver un truc correct de suite. Mon mari c’est plus compliqué même si j’avoue que niveau salaires nous n’avons pas à nous plaindre. Ce qui me dérange ce sont les discours des recruteurs des différents forums auxquels nous avons assisté. A les écouter une fois passée la premiere experience les portes s’ouvrent plus facilement. Le probleme c’est que notre réalité sur le terrain est completement differente. Je parle uniquement de l’emploi hein parce que pour le reste tout va bien. 🙂
      Comme tu dis aussi nous n’avons plus 20 ans ce qui doit sûrement jouer sur notre vision des choses 🙂

  6. ah lala la recherche d’emploi je suis encore étudiante et j’ai déjà du mal à trouver un bon emploi je n’ose pas imaginer comment ça sera lorsque j’aurais fini mes études.
    Pour les appels en Afrique il y a l’application nonoh qui permet d’appeler à 0,19 euro la minute (partout dans le monde ) elle peut être téléchargé sur le site nonoh.net

  7. Quel bilan ! Je me retrouve dans certains de tes points pour mon premier bilan (1an aussi). J’avoue que ce n’est pas toujours simple, je pensais par exemple me faire des amis facilement et puis non… ET puis les vacances… que c’est cruel, on se rattrape en prenant des congés sans solde mais franchement deux semaines c’est trop court, une chance que les journées soient moins speed qu’en France, du moins c’est notre cas.
    Ton bilan me fait penser que dans quelques jours je vais me pencher sur mon bilan des trois ans, et en trois ans on a accompli beaucoup de choses et on a des projets plein la tête et ça commence dès septembre !!
    Des bises de Mtl.

    • Coucou Mathilde. Merci pour le commentaire. Effectivement la première année est toujours difficile. J’ai hâte d’en lire plus sur vos projets à venir 🙂

  8. Un an déjà!
    Comme toujours j’aime la sincérité de vos billets. Je suis loin de la France depuis presque 24 ans et je retrouve à travers vos impressions et émotions beaucoup des miennes. Je pense que l’on reste à tout jamais un immigré malgré une immigration réussie. C’est un peu triste mais c’est mon impression. On vit aussi je pense plus intensément et la vie est courte pour rester toujours au même endroit.
    Bonne chance pour la seconde année!

Rétroliens

  1. Un an à Toronto, l’avis de Mr Gaou «

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