Papy Atchoum

girafeJ’ai une relation très intense avec mon père même si je ne le vois pas souvent. J’ai quitté la maison après le bac, à 17 ans. J’avais déjà passé des vacances en Europe et des longs séjours en Allemagne (6mois) et en France (1an) et je n’aimais pas du tout. J’envisageais de rester au Sénégal ou d’aller à Accra au Ghana. J’en ai discuté avec mon père ; il voulait que j’aie une expérience hors Afrique pour m’ouvrir au monde. Nous nous étions entendus sur Londres. Nous allions faire le nécessaire lorsqu’une de mes tantes a fourré son nez kilométrique dans mes affaires nous a conseillés. Elle pensait qu’étant donné mon jeune âge, il valait mieux que je parte en France. On y a de la famille qui pouvait me fliquer soutenir en cas de besoin. C’est comme ça que j’ai atterri à Bordeaux et que je n’ai plus adressé la parole à ladite tante…

Mon père m’a accompagnée et est resté pendant 2 mois. Il venait même en cours avec moi je ne vous raconte pas  la honte le bonheur. Je me rappelle de son départ comme si c’était hier. Je l’ai accompagné à la gare il s’est installé et je suis restée sur le quai sous la pluie à le regarder. Quelques minutes avant le départ j’ai fait irruption dans le train. Je l’ai supplié en pleurant (sous les yeux médusés d’un contrôleur et des voyageurs) de me laisser rentrer avec lui. Il m’a demandé sur un ton ferme et glacial de sortir du train et de rentrer sur le campus. Je me suis exécutée, vexée d’avoir été réprimandée comme une gamine devant des inconnus. Je me suis promis que je retournerai vivre en Afrique après mon cursus.

À la fin de mes études, j’ai eu la bonne idée de tomber amoureuse d’un homme qui ne se voyait pas mais alors pas du tout vivre dans un pays d’Afrique à moyen/long terme. Après avoir hésité à le larguer comme une vieille chaussette entamer une relation dans ces conditions, j’ai décidé de me lancer. J’étais persuadée que je finirais par le  trainer pieds et poings liés faire changer d’avis. Les années passaient et il ne démordait pas malgré plusieurs séjours chez moi. Il adore le Sénégal mais ne se voit pas y vivre. Je rentrais tous les deux ans et mon père venait souvent en France. J’arrivais à le voir tous les ans. La question ne s’est pas vraiment posée pour ma mère qui vit en Allemagne et qui débarquait fréquemment à l’improviste pour plusieurs semaines que je voyais souvent. J’avais trouvé un équilibre correct entre ma vie d’immigrée en France et l’éloignement familial.

Puis il y a eu mini Gaou. Même si j’ai eu la chance de passer un mois au Sénégal à 6 mois de grossesse ; ce fut une période délicate. J’ai eu une grosse remise en question. C’était épouvantable de passer ce moment important de ma vie loin de ma famille. J’ai une belle famille adorable et je m’entends à merveille avec. Señor Gaou était aux petits soins ce n’est pas le souci. Dans ma famille on est envahissant entoure la maman pendant et après la grossesse on la gave de mets gras pour faire exploser son diabète, on la chouchoute et on lui donne des conseils contradictoires. C’est un évènement qui se vit en communauté. Je suis sure que l’expression «plus on est nombreux, moins il y a de riz » vient de là. Me retrouver à l’étranger fut un réel calvaire. Je me suis demandé quel genre de relation ma fille aurait avec sa famille africaine et surtout avec son unique grand père. Señor Gaou est fils unique et n’entretient pas de relation avec son père. J’étais angoissée à l’idée que mon papa et ma fille ne soient pas proches.

La première fois que mini Gaou a rencontré mon père elle avait 1 an et demi. Nous nous sommes rendus en famille au Sénégal. Ma fille connaissait bien ses grands-mères. J’avais hâte que mon père (qui est sévère) remette un peu d’ordre dans l’univers de mièvreries et de caprices des mamies. Leur première rencontre s’est faite à l’aéroport de Dakar. Il l’a tout de suite prise dans ses bras. Il a éternué, elle a sursauté, lui a touché tendrement le visage avec ses doigts boudinés, a déposé un baiser plein de bave sur son nez et lui a lancé « atchoum papy» en éclatant de ce rire cristallin dont seuls les enfants ont le secret. Ce jour-là j’ai vu, pour la première fois, les yeux de mon père s’embuer d’émotion à cause de la poussière.

Depuis elle l’appelle «papy atchoum». Ils sont extrêmement proches malgré la distance. Elle a transformé l`homme strict qui m’a élevée en géant de tendresse. Il cède à ses caprices les plus farfelus. Comparées à lui, les grand-mères sont autoritaires, c’est dire.

Quand on est parti pour Toronto, ma belle-mère a découvert l’éloignement familial et les douleurs qu’il entraine dans son sillage. Chaque appel, séance skype est une épreuve pour moi. Elle essaie de la cacher mais je ressens sa peine. Parfois je suis rongée par la culpabilité  me demande si j’ai le droit de la priver ainsi de son fils unique et de sa petite fille.

J’ai demandé récemment à mon père comment il faisait pour accepter que (tous) ses enfants et son unique petite fille soient à l’étranger. Il m’a avoué que son cœur s’était brisé ce jour où il m’a laissée sur le quai à la gare St Jean. Il espérait que je fasse un scandale comme d’habitude refuse de descendre du train. Il aurait eu une excuse pour me ramener. Il a conclu en disant que même si c’est difficile d’être aussi loin, le meilleur cadeau qu’il pouvait nous faire en tant que parent, était de ne pas nous rendre esclaves de ses angoisses et de nous laisser vivre…

Sacré papy Atchoum !

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Catégories :Le coins des petits Gaous, Une vie de Gaou

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18 réponses

  1. Magnifique témoignage…

  2. C’est tout à fait ce que je voudrais pour mes enfants, les préparer à vivre leur vie sans moi!! C’est dur ,le plus grand a 18 ans et s’en va faire ses études assez loin pour ne revenir qu’aux vacances, mais il est tellement heureux d’avoir obtenu le cursus qu’il voulait que je ne peux qu’être heureuse pour lui.

    • C’est clair que le bonheur de ses enfants justifie amplement tous les sacrifices que nous faisons! Essaie quand même de ne pas aller en cours avec lui ou encore de venir inspecter son lieu de stage. Mes parents l’ont fait , mes collègues étaient ravis mais pour moi c’était la honte internationale 😆

  3. Tu m’as encore toute retournée…je suis partie moins loin (quoique j’ai choisi les études pour la distance que ça mettait entre mes parents et moi…de la frontière espagnole à la frontière belge, toute la France) à 18 ans. Je crois que ça a été un soulagement pour mes parents comme pour moi. On se voit une fois par an, dans de grandes réunions de famille. C’est d’ailleurs la seule chose que je regrette, pour m’éloigner de ma mère, j’ai du aussi m’éloigner de mes tantes, mes oncles, mes cousins, sinon, aucun regret! Mais maintenant je regarde L’Ado grandir, et j’ai peur!

    • Oh ma copinaute Pomdepin faut pas être retournée 🙂 c’est vrai que maintenant je suis convaincue que c’était une bonne chose de partir. Je n’aurais pas pu vivre éternellement avec eux. Je te comprends pour l’ado tu dois être (un peu) angoissée. Le premier en plus c’est intense (je suis l’ainée de ma famille. L’avantage maintenant c’est qu’on a de super moyen de communication ce qui n’était pas forcement le cas quand toi et moi nous sommes parties 🙂

  4. C’est un joli article, encore. Une des profs ici rentre en France pour cette raison… je suppose qu’avoir des enfants ajoute plein de paramètres à la décision partir/rester.

    • Merci Kenza! 🙂 Oui être parent change un peu la donne et je le vois encore mieux depuis que je suis à Toronto. Les spectacles de l’école ou mini se retrouve seule parce-que nous travaillons me fendent le cœur! Les autres ont leur grands parents qui viennent… pas simple la vie d’immigré

  5. Hello ! J’avoue que ton témoignage est dingue (tes chaussures dans ton instagram aussi). Très belle histoire et très beau texte avec beaucoup d’humour. Bravo.
    Tom

    • Merci beaucoup pour le blog et les chaussures! Ton site est dingue aussi. Il va rentrer dans mes favoris 🙂

      • Merci beaucoup Mme Gaou pour ce joli compliment. Nous sommes trois amis à tenir ce blog. On y prend beaucoup de plaisir et c’est une belle récompense que de voir qu’il plait. 😀
        Nous serions enchantés de faire parti de vos favoris !
        Au plaisir de vous lire,
        Tom

  6. Moi aussi, je me les pose ces questions…. j’ai un super relation avec mes parents et ma famille proche, et même si les départs ont toujours été douloureux, on est tous conscients du fait qu’on va pas vivre ensemble dans le même appart toute notre vie. Mark est venu un peu chambouler cet équilibre… surtout que c’est pratique d’avoir de la famille autours!

    • Je me dis que c’est un questionnement universel et naturel. En plus quand on est avec un conjoint qui vient d’un autre pays comme toi et moi, l’équation devient compliquée. Il y a forcement une des deux famille qui ne verra pas les enfants grandir… comme je disais plus haut vraiment pas simple la vie dìmmigrée 😆

  7. Pour les relations grand-père/petite-fille, je me suis fait la même réflexion par rapport à la relation entre mon père et ma nièce. Mais où est passé l’homme si sévère et parfois inflexible qu’il a été avec moi, avec nous ?
    Mais bon, il paraît que les grands-parents sont souvent comme ça avec leurs petits-enfants. Ils ne sont pas directement responsables de leur éducation et de leur avenir. Ils n’ont que les bons moments, dira-t-on 🙂

  8. Et pour les questionnements identitaires et existentiels, j’offrirai « Métisse. Et alors ? » à Mini Gaou 😉

  9. et voilà, c’est malin, je pleure !! tu écris, tu écris et tu ne fournis même pas les kleenex…. va falloir que je demande à papy atchoum de m’en filer un…

  10. Votre père est un homme formidable,et je pense que vous le lui rendez bien, magnifique témoignage!!!

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