Me llaman calle*

harcelementderueUne des premières choses qui m’a sauté aux yeux en arrivant à Toronto, c’était les tenues des femmes. Je suis arrivée en plein milieu de l’été, il faisait une chaleur étouffante. La grande majorité des femmes sans distinctions d’âge ou de corpulence, se baladaient en micro short. Alors quand je dis micro je parle du short ultra court qui qui ne couvre qu’une partie des fesses; certaines se baladent même avec des robes de plages en mousseline transparente. Ce qui m’a marquée, ce n’est pas le caractère ultra sexy de ces tenues, non ce qui m’a vraiment interpellée c’est l’attitude des hommes. Un an que je suis ici, et je n’ai pas encore entendu un sifflet, une raillerie, une agression verbale RIEN ! Ils ne se retournent même pas pour regarder.

L’attitude que je viens de décrire ne devrait pas surprendre dans un pays civilisé qui vit avec son temps en terme de droits et libertés des femmes. Dans la plupart des pays occidentaux, nous ne sommes  plus à l’âge de pierre. Sauf que, quand on vient de Paris, on est impressionnée quand un homme ne se comporte pas comme un phacochère parce qu’il voit passer une fille en tenue légère.

J’ai vécu pendant des années à Paris et je me suis censurée, sur le plan vestimentaire par peur d’être insultée. Je ne réagissais plus aux «  viens la grosse pute », « attends salope » et autres déclarations romantiques qu’on pouvait me lancer dans certains quartiers ou lieux publics.  Je me rappelle qu’un homme m’avait suivie dans la rue une fois, ce jour-là, je suis tombée sur mon époux. Il avait décidé de m’attendre à la gare. Quelle intuition ! C’est ce qui m’a permis de me débarrasser de ce pignouf.

Je sais que j’ai énormément eu de chance ce jour-là parce qu’il m’est aussi arrivé de me faire agresser verbalement alors que mon époux et / ou ma fille étaient juste à côté, la classe!

Je ne relevais même plus les vers du style : «  tu as une bouche à pipe» ou encore « tu es forcement une grosse chaudasse avec des nichons pareils » que me déclamaient certains appentis poètes.

À Bordeaux, dans le bus un gougnafier s’était permis de me caresser les fesses parce selon les termes de ce sociologue de pacotille « les blacks ne sont pas farouches, elles aiment la b*** … », j’avais 17 ans.   Aucun des autres usagers n’a réagi. Je n’étais pourtant pas dans un quartier craignos bien au contraire.

Dans le métro, à Paris j’ai eu affaire, une fois,  à un animal, qui s’est carrément collé contre moi, et qui frottait son entrejambe contre moi en poussant des grognements immondes. Le métro était bondé je ne pouvais pas me déplacer. Là aussi aucune réaction des usagers présents, le tout se passait dans l’indifférence la plus totale. Je suis descendue dès que j’ai pu et j’ai fini mon trajet en taxi.

Je  me suis sentie souillée, insultée et dégradée par ce malotru. Mais cette agression a  été suivie d’une série de commentaires dignes du moyen âge. Des abrutis m’ont dit que je l’avais cherché, que je mettais  ma poitrine généreuse trop en avant. Que j’étais trop voluptueuse et que je ne faisais pas attention à mes tenues. À les entendre, c’était normal que je me fasse traiter comme un bout de viande.

Au-delà de ces comportements que l’on pourrait aisément qualifier de sauvages, ce qui me choque le plus c’est leur banalisation. Les commentaires du style « tu l’as bien cherché », ou « c’est bon on ne peut plus draguer », « qu’est-ce que tu attendais en te baladant habillée comme ça ? », «tout le monde sait que c’est comme ça » sont aussi graves à mes yeux que les agressions en elles-mêmes.

Ces attitudes sont scandaleuses et leur banalisation pousse de nombreuses femmes à se terrer dans le silence. Devoir se comporter comme une coupable alors que l’on a absolument rien fait de mal n’est pas une chose acceptable. Je pense qu’il y a un sérieux problème à ce niveau. J’ai été moi-même tellement conditionnée par ces comportements dérangeants et douteux que je m’extasie devant l’attitude des Torontois qui n’a finalement rien d’extraordinaire quand on y pense puisque ce comportement devrait être la norme.

Je parle de Paris et Bordeaux parce que ce sont les villes où j’ai vécu  le plus longtemps en tant que femme. À Lomé je n’étais qu’une gamine mais je me rappelle très bien avoir été témoin à plusieurs reprises de gestes inappropriés, propositions indécentes faites à ma mère parce qu’une femme seule avec 2 enfants est forcément une «marie couche toi là».  Je me rappelle aussi avoir entendu ma grand-mère rabrouer à plusieurs reprises des hommes de Cro-Magnon qui faisaient des remarques inappropriés sur mon physique et /ou celui de ma mère…

Je suis assez lucide pour savoir que ces comportements ne sont pas ceux de tous les hommes. Je sais aussi que les gentlemen existent et qu’ils sont très certainement en majorité.  Le problème, c’est que des évènements comme ceux que je décris plus hauts, sont devenus anodins voire normaux. Je ne connais pas une fille dans mon entourage qui pourrait m’affirmer qu’elle ne s’est jamais fait siffler.

Il y a certes une différence entre le goujat qui se contente de siffler le pervers qui va agresser physiquement..

Le but de mon texte ce n’est pas de mettre tous les hommes dans le même sac.  J’espère juste que les mentalités changeront enfin et que ma fille n’aura pas à se poser mille questions avant de se vêtir pour sortir de chez elle.

Une femme libre, vivant au 21e siècle, devrait pouvoir s’habiller et se comporter comme bon lui semble sans avoir à se soucier d’une bande de troglodytes.

 

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Source de l’image ici

Le titre qui signifie «ils m’appellent la rue» de mon billet est une chanson de Manu Chao – BO du film Princesas

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Catégories :Une vie de Gaou

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11 réponses

  1. Bravo! Vos propos rejoignent mes propres expériences en France et en Amérique du Nord (Canada et USA). C’est à travers mes filles lorsque nous sommes allées en France quand elles étaient ados que j’ai vraiment réalisé à quel point mon pays était machiste et vraiment ringard en ce qui concerne les droits des femmes.

  2. C’est très, très grave. Ici aussi, les femmes de tous âges et toutes corpulence sont à moitié en suis vêtement des qu’il y a un brin de soleil, et ça n’émeut personne. Pourquoi pas en France?

  3. Encore un point qui ne me fait pas regretter la France ! j’Ai toujours été écoeuré par cette mentalité, et quand comme moi on est hyper complexé rien n’est plus rassurant, que de se dire que le peut passer devant plusieurs « mecs » sans être pris pour un bout de viande.

    • Franchement je reste persuadée que c’est une petite minorité du moins je l’espère. Et je prie aussi pour que les mentalités changent parce que cette attitude n’est vraiment pas normale…

  4. Je suis d’accord avec tout ce que tu dis… Tu as certainement du voir le reportage de cette belge sur Youtube et peut etre lu les commentaires de débiles profonds sur Twitter disant qu’on se faisait surement des films en nous faisant passer pour des grosses victimes. Je te jure y a des jours…

    A noter qu’au Canada, le mec qui s’est frotté contre toi aurait été arrêté pour agression sexuelle et surement mis dans le registre des pervers sexuels. (Génial sur un CV)

    Ca me rappelle que une fois en descendant les escaliers à Porte de Montreuil, j’ai croisé un drole de mecs qui prenait en photo les jupes des filles… 2 min plus tard, il me collait une main aux fesses et s’enfuyait à toutes jambes… c’était 2 ou 3 mois avant que je quitte Paris pour TO.

    Ah ET anecdote… y a surement un seul mec qui m’a dragué comme un con dans le métro, je te le donne en mille, c’était un français…

    • Je n’ai pas vu la vidéo de la belge. je vais chercher le lien. En revanche j’ai lu l’article d’une bloggeuse qui s’était fait agresser dans le métro , il y a eu attouchements, ce qui est quand même très grave. Elle s’est retrouvée avec des centaines de commentaires insultants (même de femmes) qui disaient qu’elle l’avait bien cherchée parce que sa jupe était courte..
      Le problème c’est qu’en France beaucoup de filles ne disent rien parce qu’ on te demandera quasi systématiquement si ce n’est pas toi qui a allumé ton agresseur. C’est quand même particulier comme mentalité.
      Chez moi c’est encore pire. Suite à mon billet j’ai reçu des commentaires (surement rédigés par des hommes des cavernes) disant que l’attitude des hommes n’avait pas à changer et que c’était aux femmes de s’habiller convenablement et que si on s’habillait comme des prostituées il fallait s’attendre à être traités comme tel…

      • Oh tu es tombée sur des débiles profonds. Lucky you.

        Je vois très bien de quelle blogueuse tu parles. J’avais été très choquée. Cela dit, ça ne me choquera jamais autant que les reportages qui interview des filles de cité disant que toutes les femmes sont des p. Oui, oui, venant d’une femme !

  5. il faut dénoncer, dénoncer, ne rien lâcher. Merci pour ton post.
    Une petite vidéo de 10 minutes très explicite sur le sujet : « MAJORITE OPPRIMEE », d’Eléonore Pourriat (2010) : https://www.youtube.com/watch?v=kpfaza-Mw4I
    Quand c’est un homme qui se retrouve dans ce que subissent trop de femmes trop souvent, ça devient très clair que NON ce n’est pas NORMAL…

  6. C’est pareil dans tous les pays riverains de la méditerranée. La mentalité est traditionnelle, les hommes sont +machos. En Espagne, tu ne peux pas faire 2 pas Italie, pareil, Turquie pareil. N’essaie même pas de descendre au Maghreb. Même un jean c’est sexy alors on ne parlons pas d’une poitrine pigeonnante…
    A côté de tout ça, la France est normale. En France, je trouve que c’est surtout un problème parisien. J’ai vécu en province et rien eu à signaler. Il y a des dragueurs comme partout mais ils ne sont pas majoritairement impolis ni agressifs. C’est en région parisienne que se trouve tout le concentré des lourdeaux et jeunes mal élevés qui traînent et qui n’ont rien d’autre à faire que de demander les « 06 » et insulter les filles. Et surtout qui ne comprennent pas un « non ».Certains sont capables de te suivre sur toute une ligne de métro.
    Il me semble qu’au Canada, il y a beaucoup plus de féminisme et donc les hommes se censurent. Je ne crois pas que dans le fond ils pensent différemment sur le compte des femmes, juste qu’ils n’ont pas l’occasion de l’exprimer sans se faire tomber dessus par la meute.

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