Death is not the end

Pink-Girl-Old-Shoes-Planters-Creative-Ideas-Use-Old-Shoes-to-Plant-FlowerChaque année depuis 2 ans je pense à la même chose lorsque mon coup de vieux annuel approche, où vais-je être enterrée à la fin du voyage. Oui je sais il y a plus joyeux comme pensées de fête mais rassurez-vous je ne suis pas dépressive et ça ne m’empêche pas de boire comme un trou  de fêter comme il se doit mon anniversaire. La mort a toujours fait partie de moi, je pense qu’elle fait partie de la vie et qu’il est sain voire necessaire d’en parler. Mais la question de savoir ce qu’il allait advenir de ma dépouille une fois ma dernière révérence tirée a commencer à me travailler il y a 2 ans.

L’élément déclencheur de ce questionnement a été la mort soudaine d’un de mes copains. Deux ans plus tard, je ne m’en suis toujours pas vraiment remise. Je me appelle avoir dit «ce n’est pas possible qu’il soit parti, on ne meurt pas à 30 ans, c’est ridicule» lorsqu’on m’a annoncé la triste nouvelle. Pendant plusieurs jours, j’ai pensé que c’était irréel , j’ai attendu que l’on vienne me dire que non il n’était pas décédé mais il n’y a rien eu de tout cela.

Il y a eu les hommages sur sa page Facebook, l’annonce officielle de sa famille, les funérailles et les adieux puis le silence. C’est seulement à ce moment-là que j’ai accepté , que j’ai commencé à pleurer, à être en colère, révoltée, j’en voulais au destin cruel et inhumain, qui a enlevé la vie à un jeune homme de 30 ans , détruisant au passage une famille et laissant un enfant très jeune, trop jeune, orphelin.

Nos jours sont comptés dès l’instant même où nous poussons notre premier cri, la mort fait partie de la vie et on doit s’y faire. J’avais perdu des proches avant mais lui c’est différent, je ne saurais pas l’expliquer, ça m’a profondément bouleversée. Sans doute à cause de son  âge.

Il m’arrive encore de regarder sa page Facebook et d’espérer une mise à jour de statut, un signe qui permettrait de confirmer que tout cela n’est qu’un affreux cauchemar.

Mais non rien de tout cela il est parti pour de bon.

C’était il y a deux ans et je n’ai pas totalement reussi à en faire le deuil. Je crois que je ne le ferai jamais vraiment…

Une fois l’annonce absorbée, il y a eu cette voix dans ma tête qui a commencé à résonner, à répéter et ressasser sans relâche la même question, entêtante, «où va-t-il être enterré?»

Je sais que c’est ridicule mais comme il a vécu dans différents pays, et que sa famille est aux quatre coins du monde je me suis demandé comment ses proches allaient choisir sa dernière demeure.

Dans ma culture et dans mon pays (il était du même pays que moi) on dit que la mort n’est que le début du voyage, que les être aimés ne nous quittent pas vraiment et qu’ils sont là tout près même si nous ne les voyons pas. C’est une des raisons pour lesquelles on enterre les morts sans chaussures dans mon ethnie. On ne veut pas qu’ils fassent de bruit et effraient les vivants quand ils sont dans les parages.

Les rites funéraires  au  Togo n’ont vraiment rien  à voir avec ce que j’ai pu voir en Occident.  Les funerailles ne sont pas sinistres, c’est une forme de célébration car il s’agit vraiment d’accompagner le proche lors de son voyage vers l’autre monde.

On en reparlera plus longuement dans un autre billet.

Ces croyances permettent peut-être d’atténuer la douleur mais au quotidien, un mort ne sera pas là au mariage de son enfant, ne prendra pas ses proches dans ses bras quand la vie devient dure, ne sera pas présent en chair et en os pour la naissance de ses petits-enfants, n’ira pas faire le voyage qu’il avait prévu avec ses amis. Au quotidien, il y a juste le silence, le vide, le trou noir, les photos qui jaunissent et les questions qui resteront à jamais sans réponses. La tombe reste le seul endroit réel, concret où la famille peut vraiment se recueillir. Alors, comment on choisit la dernière demeure d’une personne qui comme moi erre de pays en pays?

La crémation ne fait pas partie de ma culture et mes traditions. Ce n’est pas une option que j’envisage pour l’instant.

Mon père m’a dit que généralement on enterre les gens chez eux, dans leur pays. Mais moi qui ne suis plus tout à fait Togolaise, mais pas vraiment Sénégalaise ou Française, où est-ce que je reposerai quand le destin décidera qu’il est temps de mettre fin à la musique de mon quotidien? Lorsque j’ai demandé à mon père où il m’enterrerait si je venais à mourir de manière soudaine, il s’est contenté de m’interdire de mourir avant lui. Ma mère ne m’a pas répondu non plus, elle m’a juste rappelée une dizaine de fois dans la même journée pour me demander si ça allait en précisant qu’elle n’était pas du tout angoissée par mes interrogations farfelues. Señor Gaou s’est contenté de me grommeler que j’avais de drôles de pensées et nous étions nombreux dans ma tête.

Je n’ai toujours pas de réponse à cette question. Les gens autour  de moi n’ aiment pas trop  parler de la faucheuse.  Un peu comme si taire son nom la rend  fictive, irréelle.  C’est  plus agreable vivre comme si on etait éternels .

J’ai cependant une certitude, le jour où je saurai répondre, le jour où je pourrai choisir sans sourciller le lieu de mon ultime repos, alors je pense que j’aurai trouvé mon pays, celui qui prend le dessus sur les autres.

Même si je suis convaincue qu’il n’y a pas d’urgence et que je vivrai vieille (je l’espère du moins) ; la control freak que je suis se dit qu’il faudrait mettre mes affaires en ordre, prévoir pour que mes proches ne soient pas complètement démunis le moment venu.

En attendant je célèbre la vie parce-que c’est un sacré cadeau …

 

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Source de l’image ici

 

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Catégories :Une vie de Gaou

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4 réponses

  1. Et bien…j’espère que ça va! Et merci de ma voir fait découvrir la coutume du Togo, enterrer les gens sans chaussures, c’est attachant. La mort est vraiment perçue différemment d’une culture à l’autre. J’ai pu assister à la fête des morts au Mexique, complètement incompatible avec la vison qu’on en a en Europe.

    • Oh oui tout va pour le mieux 🙂 Je sais que lorsqu’on evoque la mort (surtout la sienne) les gens sont inquiets se demandent si on va bien. C’est pourtant quelque chose d’important je trouve. Je vais tres bien 🙂
      Oui la mort est vue de maniere totalement differente selon la culture. Je comptais d’ailleurs faire un billet sur les rites de chez moi parce-que c’est vraiment folklo 🙂

  2. Je pense que personne ne peut prendre une telle décision à ta place. C’est vraiment à toi de décider d’un lieu que tu veux habiter pour l’éternité et de laisser des instructions précises à ce sujet.
    Pour ma part, même si, paradoxalement j’ai trouvé mon lieu de vie pour le moment (je partirai peut-être un jour ailleurs, qui sait ?), tout le monde autour de moi sait que je souhaite être incinérée. Puisque l’âme survit, pourquoi laisser pourrir un corps en terre ? Je souhaite m’envoler en fumée vers le ciel. Et je souhaite que mes cendres soient dispersées pour moitié sur la plage à Ouidah au Bénin et pour moitié sous mon grand mûrier dans mon jardin à Barsac (mais ce deuxième lieu changera peut-être si j’allais vivre un jour ailleurs …)

  3. Merci de parler de ce sujet. C’est très bien écrit. Moi aussi j’y pense très souvent et j’ai fait part de mes volontés, même si mon entourage a réagi comme le tien !!
    D’ici là, vive la vie !

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