Die Schwarzen Soldaten

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« On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu. Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme. » Aux Tirailleurs Sénégalais morts pour la France, Léopold Sedar Senghor, Hosties noires (Tours, 1938)

 

 

 

Débarquée, humiliée, oubliée, 70 ans plus tard, ils t’ont effacée de leurs mémoires. Débarquée, balayée, censurée, ton sacrifice ne semble pas digne de leur commémoration. Toi l’enfant docile, fidèle, engagée, ils t’ont rayée de la carte des célébrations. Ton sacrifice et ta contribution sont passés aux oubliettes. Toi qui envoyas tes fils défendre celle que tu considérais à l’époque comme l’amère patrie, ils t’ont humiliée, spoliée, dégagée.

Les grands de ce monde se sont félicités, embrassés en fanfare, célébrant la paix retrouvée pour ne pas oublier. Ils voulaient graver dans la mémoire collective les horreurs de la guerre et son dénouement. Pour que plus jamais l’histoire ne se répète. Ils ont célébré leurs héros, leurs alliés; ils nous parlent d’histoire, d’intégrité, de symbole et de devoir de mémoire. Ils ont invité les ennemis d’autrefois, ceux-là sont devenus les amis d’aujourd’hui. Ils ont échangés accolades et bons mots sur fond de trompettes et de tambours. Ils se sont remémoré l’effort commun. Mais toi personne ne se souvient de ta contribution. Tu es transparente, insignifiante, inexistante.

Je les ai regardé tournoyer, virevolter, fanfaronner et mon cœur s’est rempli de colère et de révolte avant de saigner de douleur. Ils t’ont tout simplement ignorée; pas une fois ton nom n’a été prononcé, à aucun moment ton sacrifice n’a été évoqué ou suggéré. Tu as tout simplement disparue de leur mémoire collective. Toi ma mère, mes racines, ma terre natale, toi qui envoyas tes enfants à la guerre, toi qui immolas tes fils les plus vaillants sur l’autel du bien commun, ils n’ont eu aucun mot à ton égard, pas un murmure, rien, le néant. Ils t’ont craché le silence criant de leur ingratitude et de leur mépris au visage.

Tandis que je les regardais se pavaner dans leurs costumes d’apparat, les mêmes questions tournaient encore et encore dans mon esprit. Où est l`hommage rendu à mes frères les tirailleurs ? Quand célèbrera –t-on leur bravoure et leur dévouement? N’étaient-ils pas des hommes et des soldats comme les autres? Comment ont-ils pu finir au rang de soldats oubliés ? Ne sont-ils pas eux aussi des héros?

L’ingratitude est l’injure rajoutée à la blessure de l’indifférence. 70 ans après le blanchiment et le massacre de Thiaroye,  presque rien n’a changé, ton dévouement est balayé du revers de la main, ton sacrifice a été plongé dans l`obscurité. Ils t’ont débarquée, méprisée, effacée. Toi qui es pourtant si fière d’avoir aidé à rétablir la paix.

Tu n’es peut-être rien à leurs yeux  chère Afrique mais sache, que nous tes enfants, nous savons et nous sommes reconnaissants. Nous dirons à nos fils et nos filles que l`homme Africain est entré dans l’histoire à plusieurs reprises même si certains veulent l’ignorer. Nous leur parlerons de leurs ancêtres, fiers tirailleurs partis au combat et morts en héros, pour la République. Nous leur dirons de marcher la tête haute, d’être fiers car leurs ancêtres se sont battus au front et qu’ils ont eux aussi versé leur sang pour mettre fin à une guerre qui n’était pas la leur.

Ce sacrifice ne sera jamais vain à nos yeux; nous n’oublierons jamais que c’est aussi grâce à vous tirailleurs d’hier qu’ils ont gagné et bâti cette paix qu’ils chérissent tant aujourd’hui.

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Catégories :Le Gaou est fâché

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13 réponses

  1. Un très, très beau texte. Merci de ta colère!

  2. Triste de vérité. En tant que francaise d’origine et blanche je ne peux que me sentir honteuse et comprendre ta colère. Texte magnifique.

  3. Tu m’as mis les larmes aux yeux – mon père en parlait, car les soldats d’outre-mer, sans distinctintion, étaient automatiquement dans les Tirailleurs Sénégalais. Il en a fait partie.

    • Oh j’imagine que c’est difficile de voir qu’à aucun moment on a évoqué sa participation. Heureusement toi tu sais qu’il s’est battu. C’est vraiment dommage qu’on ne parle jamais de la contribution des soldats d’outre mer et des tirailleurs en général. Malgré le racisme et les discriminations qu’ils ont subi au front et après la guerre, ils sont très fiers d’être allés se battre! Le peu que j’ai pu rencontrer en parle avec beaucoup de passion. Tant que nous les descendants nous faisons le nécessaire pour honorer la mémoire de nos pères , nos héros alors il y a encore de l’espoir 🙂

      • Toutes ces choses me passaient bien au dessus de la tête quand j’étais jeune, maintenant que j’ai les questions, ce n’est que dans les bouquins que je peux trouver des réponses… et dans les quelques documents qui me restent. Les ‘Anciens’ avaient leur propres célébrations chaque année, je ne sais pas combien il en reste aujourd’hui. Comme tu dis, ce sont aux descendants de reprendre le flambeau de la mémoire.

  4. Et oui, triste réalité… on parle de l’Histoire comme d’une vérité absolue et unique mais on oublie de partager beaucoup d’histoires qui la compose…
    Si ça peut te rassurer (un peu), ils ont énormément parlé du débarquement de Normandie ; moi je suis originaire d’un endroit où les jeunes prenaient le maquis pour organiser la résistance et je n’en ai pas entendu parlé non plus… et ici en tout cas on a fêté les tirailleurs comme ils se doit !
    Ton texte est très bien écrit, dans la plume de la tradition de résistance africaine !

    • Merci petite Yaye ! En fait ces injustice là sont dures à avaler parce-qu’on a tout le temps l’impression que ce sont des citoyens / soldats de seconde zone. J’ai rencontré beaucoup de gens qui ne connaissent pas du tout histoire de la France avec l’Afrique. Quand on regarde, nos pères ont a plusieurs reprises participé à construire ce pays, un peu de reconnaissance ne ferait pas de mal. Heureusement, comme tu dis en Afrique en général le devoir de mémoire est fait comme il se doit! 🙂

  5. Très bel article.
    Durant le voyage de Hollande au Sénégal, il a promis de donner les archives du massacre de thiaroye. Déjà qu’il a du mal a tenir ses promesses e France, on attend.
    Le plus important c est de garder a l’esprit ce qu’ils ont fait et pour tt ceux qui sont tombés sur le champ de bataille qui servaient de « chair a canon » pour que cette génération puisse jouir de ce monde.

  6. Hey! I run the world war I in Africa project, I’d love to republish your piece can we email? kathleen dot bomani at gmail dot com

  7. Génial ! Même si certains les on oubliés notre devoir est de les refaire vivre et les rendre importants

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