Bilinguisme et emploi à Toronto: l’envers du decor vu par un Gaou

BilingueJ’entends souvent dire que parler Français à Toronto est un atout indéniable sur le CV.  Un recruteur croisé  au forum destination Canada, m’avait assuré que mon bilinguisme et mon domaine  étaient un duo gagnant ici. Il avait fini sa succession de superlatifs en ing  en me donnant sa carte et en me demandant de l’appeler à mon arrivée. Il avait soi-disant des clients qui cherchaient la perle rare (rien que ça)  que je suis.
Même si j’ai été ravie par son discours, (je suis humaine et les compliments boostent mon ego), je suis restée prudente. Je suis comme Saint Thomas, je suis une incrédule qui ne croit pas sans avoir vu.
Heureusement que je n’avais pas pris les propos de mon ami cité plus haut à la lettre parce qu’il est aux abonnés absents depuis mon arrivée. Il n’a répondu à aucun de mes emails / appels, ni  à ma demande de rajout sur LinkedIn. Au-delà du ricanement que suscite chez moi cet épisode, il traduit bien, à mon sens, l’attitude des gens ici. Toujours trop très positifs au début  et  distants  une fois le premier contact passé. Comme dit ma grand-mère promettre c’est facile, il suffit d’ouvrir la bouche et de mentir…Oui je viens d`une  une famille de philosophes.
Je ne m’attendais pas à être accueillie  en grande pompe par les employeurs, bien m’en a pris. 9 mois que je suis là et honnêtement, je ne trouve pas que le français soit un avantage pour travailler à Toronto. Avec  le temps il peut  même devenir un talon d’Achille, qui enferme dans un type de postes précis. Ces propos n’engagent que moi. Mon blog n’est pas un condensé d’études sociologiques, il  reflète ma vision (totalement subjective) des choses,  basée sur mon expérience, celle de mon entourage
Je vous vois déjà faire les gros yeux, en disant « Whaaaat ?? Le français un inconvénient dans cette Amazing ville anglophone ? »  Oui je le dis et je le maintiens, selon moi parler français n’est pas forcément un avantage pour décrocher un poste qualifié ici.
Le français est généralement requis pour des postes de :  Bilingual Customer Service Representavive, Bilingual Customer Service Officer, Bilingual Communication officer, Bilingual Insides Sales Representative, J’ai même eu une proposition de Bilingual Happiness Builder ou fabriquant bilingue de bonheur en Français  ; oui moi aussi j’ai été prise d’un fou rire face à ce titre farfelu.  Sous toutes ces dénominations créatives et pompeuses se cache un seul et même poste : agent dans un centre d’appel.  Présenté  comme ça c’est tout de suite moins amazing  n’est-ce pas ? Au risque de  paraitre condescendant, avouez que lorsque ce n’est pas votre métier, c’est un peu plus difficile de le trouver passionnant. Surtout lorsqu’on a une expérience solide et des diplômes dans un domaine à mille  lieux de ce type de postes. Personnellement je n’aime pas les centres d’appels. Appeler mamie Cunégonde pour lui extorquer sa petite retraite lui vendre un produit révolutionnaire, je ne sais pas faire. Oui je caricature un peu beaucoup.
Certes, on prend ce qu’on peut pour commencer lorsqu’on est immigrant,  mais comme je vous l’expliquais ici, on se retrouve rapidement enfermé dans ce type de postes. Je remarque que pour les postes  à responsabilités le français n’est pas spécialement requis.  Il suffit de regarder les offres d’emplois dans son domaine pour s’en rendre compte. Alors comment  font les entreprises pour travailler avec le Québec ? Quand il s’agit de postes stratégiques,  ils échangent la plupart du temps… en anglais.
Je pourrais aussi vous raconter les traductions de propositions commerciales faites  via un traducteur en ligne (oui celui qui propose Georges Brousse  comme traduction pour Georges Bush), ou évoquer la fille soi-disant parfaitement bilingue  qui pouffe systématiquement de rire lorsqu’on dit « il faut que je le fasse » parce qu’elle croit entendre fesse. Je pourrais aussi vous parler de ce recruteur qui cherchait un bilingue pour un poste dans un service commercial qui gère le marché québécois et qui  trouvait mon français inadapté. Il avait peur  que les gens me trouvent … hautaine. Il y a aussi ceux  qui ont peur que mon anglais ne soit pas à la hauteur…
Plus le temps passe et plus je suis convaincue que le français n’est pas un atout pour accéder à des postes qualifiés à Toronto.  À moins d’être traducteur, professeur de français ou encore de travailler pour le gouvernement. Je  réalise aussi que j’ai eu énormément de chance de décrocher mon emploi actuel parce que je suis  souvent contactée par des recruteurs pour être bilingual quelque chose dans un centre d’appel. Métier qui n’a absolument  RIEN à voir avec mon domaine.
Après mon expérience de plusieurs mois ici, je commence à me dire que le bilinguisme est un atout beaucoup plus facile à capitaliser … en France.

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Catégories :Les Gaous au Canada

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14 réponses

  1. Intéressante analyse et sans doute assez exacte. En tous cas elle représente la vision de la langue française en Amérique du Nord. Perçue comme étant séduisante mais inutile. Les gens aiment l’idée de parler cette langue qui semble si sexy à l’oreille (pour ceux qui ne la parlent pas couramment) mais qui l’utilise vraiment?
    Merci pour un autre poste qui ouvre les yeux sur la vie au Canada.

    • Merci Evelyne ! J’essaie de ne pas verser dans la généralisation mais le Canada que je découvre est vraiment différent de l’image que véhiculent les médias en France. On met beaucoup d’accent sur les success stories et pourtant il n’y a pas que des réussites! Et encore mon immigration se passe vraiment bien! Je rencontre ici quelques personnes aigries et dépitées car après des mois / années de sacrifices il ne trouvent toujours rien de correct dans leur domaine…

  2. À Ottawa, être bilingue a toujours été un sérieux atout pour moi. Franchement, c’est pour ça que j’ai eu mes premiers postes, pas sur mon expérience pro, inexistante à l’époque. Mais c’est typique d’Ottawa, je crois.

    • Oui Ottawa est réputée pour être une ville vraiment bilingue! Toronto est une ville anglophone c’est clair et net. Il faut vraiment être mal préparé pour penser le contraire. Ce qui me dérange c’est ce raccourci facile que font les recruteurs , en gros tu parles Français on te propose du call center. C’est très frustrant! Un peu comme si tu ne pouvais rien faire d’autre que parler Français dans un service client….

  3. Merci pour cet article !
    A Vancouver c’est aussi le même tableau au niveau des postes bilingues affichés publiquement. La plupart de ces postes sont pour travailler dans une unité de Centre d’appel (ou service client).

    Si l’on a le « privilège » de ne pas avoir de pression financière dans les premiers mois de son arrivée, je pense qu’ il vaut mieux investir son temps dans le networking et dans un programme comme Skillsconnect (à Vancouver) pour trouver un job en rapport à son domaine.
    Le piège c’est de se jeter dans le 1er job venu et d’y rester enfermé, car on a plus le temps ni l’énergie de faire autre chose.

    J’ai participé aussi à Destination Canada à Paris, et les conseillers d’immigration / d’orientation que j’ai vu y tenaient un discours très positifs ; en même temps, ils étaient là pour vendre le Canada et beaucoup de ces conseillers n’ont jamais travaillé dans le secteur marchand canadien. Ils n’avaient pas tord pour dire qu’au Canada des opportunités de job il y en a pas mal, en revanche ils n’insistaient pas assez sur les qualités qu’il fallait acquérir pour obtenir un poste à responsabilité ou proche de son domaine au Canada.

    Voici une vidéo (à Voir !! ) sur l’importance des Soft skills au Canada :

  4. C’était la même chose en Irlande, surtout que les centres d’appels pullulaient (j’en sais quelque chose!). Mais en Irlande, on pouvait très bien rentrer comme agent au téléphone et évoluer rapidement vers d’autres départements dans l’entreprise. En Angleterre, on est plutôt cantonné â l’enseignement. Ça me convient tout à fait. Mais ça peut être frustrant pour ceux qui n’ont aucune envie de faire ce métier.

    • Ici aussi ils disent qu’ on peut grimper les échelons en partant du bas. Encore faut- il être dans une boîte qui offre des opportunités en interne et jouer à fond la carte du reseautage qui est vraiment indispensable ici. Les compétences ne suffisent pas si on a pas le bon réseau et une experience locale solide ce qui est rarement le cas des néo immigrants comme moi…

  5. Souvenir de new york… Ça faisait très chic pour ma patronne de se balader avec sa « stagiaire française ». Dès que j’ouvrais la bouche on me faisait répéter juste pour l’accent… soooo cuuute ! du coup j’ai eu pleins de boulot de babysitter pour le soir et les week-ends. Entre nous, vous embaucheriez une étrangère qualifiée ni en enfants ni en anglais pour garder vos enfants ?! Quand j’y repense c’est comme si j’embauchais une chinoise pour s’ occuper de michoco (je n’ai rien contre les chinois…). J’aurai bien aimé rester à NY, mais dans les relations publiques la langue a clairement été une barrière. J’ai du mettre un terme net à ma carrière parallèle mais montante de french nany !

    • À NY tu sais que le français est secondaire. Toronto est souvent décrite comme une ville où le français est un vrai plus. Le truc c’est que tu ne seras presque jamais au chômage mais il faut vraiment nuancer la qualité des postes bilingues….

  6. Dis t’aurais pas recopié mon article ahah ?

    http://frenchwithbenefits.fr/blog/bilingue-un-atout-sur-un-cv/

    Ben oui, tous les Canadiens te disent que c’est trop cool de parler français mais au final ça sert quasi à rien à Toronto sauf si tu bosses pour une boite franco ou que tu dois gérer un site bilingue. Mais bon là encore c’est juste un « atout ».

    En tout cas j’adore le : promettre c’est facile, il suffit d’ouvrir la bouche et de mentir

    Ultra vrai au Canada.

    • Zut! Moi qui pensais que tu verrais pas que mon blog est une copie conforme FWB 😆
      Plus sérieusement je trouve ça hallucinant! Comme quoi rien n’a changé ici depuis ton époque! Ils me contactent tout le temps pour des postes comme ça! En revanche dès que tu postules pour un truc qualifié il n’y a plus personne… Je ne veux même pas parler des boîtes où je suis allée jusqu’au bout du processus (4e entretien) et qui ne m’ont jamais rappelée pour me dire oui ou non! Je ferais un article dessus tiens! J’espère que ça avance pour Calgary! 🙂

      • Oups :/ Ma vie en… 3 ans… Mais bon tu vas voir que plus le temps moins les agences à la con vont t’appeler pour des jobs bilingues. Mais oui pendant au moins 2 ans, bienvenue dans cet univers à Toronto 😉 C’est horripilant à force…

        À Calgary, j’ai réussi à obtenir plusieurs entretiens sans même que les postes aient un quelconque rapport avec le français ! Et CA, ça a été un véritable soulagement… Parce que faut savoir que j’ai quand même passé la moitié du temps à bosser en français à Toronto… (Dans des postes dans ma branche certes donc + faciles à obtenir) mais bon voilà, moi, mon but c’était de bosser en anglais dans ma branche 🙂

        Bon ça et surement le fait que Calgary ait pas hyper branché digital ? (Encore que…?) Mais j’ai aussi eu des entretiens avec Montréal. Tout ça depuis Paris ! Donc je crois que j’ai bien réussi mon coup 😉 Mais ça demande beaucoup de boulot, des certifications en pagaille et de la patience… Ce dont je ne suis pas vraiment fournie. On fait avec.

        À Toronto, je te rassure, une fois j’ai passé 2 entretiens tel + 2 ou 3 entretiens en direct (le même jour !) pendant 2 h et au final… Pas de réponse !!!! J’ai ramé pour avoir la fille au téléphone qui m’a dit que « ahhh oups personne vous a appelé ? Ben euh… Nan en fait vous êtes trop junior ».

        Pour Calgary, c’est en cours 🙂

  7. Bonjour,
    Je n’avais pas fait de tour chez vous depuis un moment. Cette article (comme tous les autres) est tres intéressant.C’est donc une donnée à prendre en compte sérieusement.
    J’ai une cousine qui vit à Toronto depuis 2 ou 3 ans. Elle suit actuellement des cours gratuits afin d’obtenir un « vrai » anglais fluent. Cependant elle passe en parallèle une formation pour travailler dans la traduction ou l’État comme vous le disiez.
    Actuellement vos possibilités sont-elles plus intéressantes?
    Madly

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  1. Immigrer à Toronto : parlez vous anglais? | Le blog des Gaous

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