Pensées de Gaou…

securedownloadIl est arrivé au moment où je m’y attendais le moins, comme un coup de massue. Il a attendu que je sois seule isolée, perdue dans ce pays étranger sans les miens pour se manifester le saligaud. Il m’a tourmentée sans relâche comme un bourreau pervers. Il s’est glissé dans mon quotidien de manière insidieuse. Il me colle à la peau et ne me lâche pas d’un pouce. Malgré mes efforts pour m’en débarrasser, il s’obstine, pugnace, déterminé à ruiner mes certitudes. Cet être vil, sournois et fourbe, c’est…le coup de vieux.  Ce n’est pas de mon âge qu’il s’agit. L’âge n’est qu’un chiffre qui n’a aucune importance. Je parle d’un ressenti, d’une impression. Comme si le temps était venu d’être raisonnable. Cette sensation de ne pas avoir vu les années défiler. Un peu comme si j’étais coincée dans un corps qui n’est plus le mien. Le temps est passé et je ne me suis pas vu changer, devenir ringarde. J’avais déjà quelques symptômes, ces petits signes qui me rappellent que je ne suis plus vraiment dans le coup, que je suis dépassée, fatiguée, has been.

La première baffe est arrivée de  mini Gaou. Elle me parlait d’un dessin animé et je n’avais aucune une idée que ce que ça pouvait bien être! Ça ne m’était jamais arrivé, j’ai toujours traîné avec les djeuns  et je me suis toujours battue pour rester dans le coup. Alors que j’essayais de me remettre difficilement du diagnostic de ringardise qui venait de m’être jeté à la figure, elle m’a lancé un « Pfff t’y connais rien ! » J’ai eu l’impression d’être un ancêtre.
La deuxième baffe, je me la suis prise derrière les oreilles. Elle m’a fait mal, un peu comme si je m’étais réveillée un lendemain de cuite. C’était dans un magasin de chaussures: j’ai envisagé les ballerines plutôt que les escarpins, j’ai préféré le confort au raffinement.
Puis il y a les signes avant-coureurs de dégénérescence. Je ne sais pas me servir de twitter, je ne sais absolument pas comment utiliser Google +, je n’ai pas Instagram, je ne sais pas à quoi sert pinterest et (pire encore) je dois faire défiler le curseur vers le bas sur internet pour retrouver mon année de naissance.

Malgré toutes ces mises en garde je ne me suis pas inquiétée. Je m’étais rassurée en me disant que tant que mon corps tiendrait, j’aurais un espoir, je ne serais pas totalement à terre.
Mais voilà ce salaud a décidé de s’y mettre aussi. Un peu comme si mon cauchemar n’était pas assez effrayant. Il a fallu qu’il me rappelle que je ne suis pas éternelle.  Il m’abandonne chaque jour un peu plus.  Après chaque nuit blanche, il se traine sans pudeur, ne cache même plus son besoin de sommeil. Il défigure mon visage avec des cernes de plus en plus noires.  Lui avec qui j’enchainais les sorties, devient casanier, s’attache à ses petites habitudes, ses petits rituels. Toutes les excuses sont bonnes, tantôt un mal de dos, tantôt un problème de digestion. Il est essoufflé après 2/3 pas de danse. Non j’avoue ça c’est  dû à l’excès de burgers et de bières à Toronto.  Avant ça lui faisait peur les habitudes, la vie bien rangée. Aujourd’hui ça le rassure, il est devenu prévisible, ennuyeux, il s’inquiète pour l’avenir, se pose des questions et veut tout planifier. Il veut faire des projets comme s’il avait besoin de repères. Il est devenu pathétique, raisonnable, triste, il ne cherche plus l’aventure, le défi, il rejette tout ce qui le faisait vibrer autrefois.
Il n’a plus envie de ça, il fait des caprices, il a des envies saugrenues, il est soi-disant épuisé ; il veut se fixer, acheter une maison, faire des économies,  un enfant, se rapprocher de la famille. Ce corps devient raisonnable et pousse le vice jusqu’à diminuer sa consommation d’alcool! Non ça c’est à cause des prix de l’alcool ici m’enfin bon!  La carrière ne l’intéresse plus vraiment, il veut s’enfoncer dans un cocon confortable et dans un nuage de douceur. Il appelle ça la routine et trouve ça merveilleux. Il a des envies imbéciles et dessine des rides sur ce visage que je ne reconnais de moins en moins. Il prétend vouloir un bonheur simple. Je ne sais pas d’où il sort ce concept stupide, le bonheur n’est pas simple, il demande des efforts, du travail.  Hier, ce traître m’a fait un cadeau dont je me serais bien passée, une touffe de cheveux blancs!  Pas un, pas deux non; une touffe  bien visible, d’un blanc éclatant, insolent. Un peu comme une injure, un rappel à l’ordre, un murmure du temps qui passe.  Comme s’il essayait de me forcer la main, de me convaincre qu’il est temps de se poser.  Et, puisqu’un malheur n’arrive jamais seul ce jeune homme craquant qui tenait la caisse à la LCBO,  a (volontairement) omis de me demander ma pièce d’identité, comme s’il avait senti que mon temps était révolu. Il m’a ensuite achevée en me gratifiant d’un thank you Maaa’m empreint de respect. Ça a été le coup de grâce, celui porté à ma jeune âme déjà à l’agonie, celui qui m’a fait réaliser que je suis définitivement une adulte. Je ne peux plus être désinvolte, je dois peser mes faits et gestes, je n’ai plus le temps de prendre le temps. Je dois penser à l’avenir, choisir le chemin que je veux emprunter avec raison, vider les placards de ma vie et ranger mes projets par ordre de priorité parce que je ne peux plus tout avoir. Je suis passée du délicieux et insouciant statut de demoiselle au rang prétentieux de Maaa’m. Dieu que c’est douloureux de grandir…

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Catégories :Une vie de Gaou

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11 réponses

  1. Touchant de sincérité. Mais ne vous en faites pas trop. Vieillir a aussi des avantages. On devient (souvent) plus patient au bon sens du terme. Plus de compassion pour les autres. Plus d’experience ne veut pas dire moins de coeur. Au contraire.
    Mais il est vrai que moi aussi (bien plus vieille que vous) j’aimerais parfois pouvoir faire une nuit blanche et me réveiller fraiche comme une rose.
    In my dreams!

  2. Merci, ton post m’a fait sentir toute jeune encore, ma vieille !
    Mais c’est peut-être la phase de régression avant la tempête…
    Rassure-toi on doit avoir environ le même âge ! Mais je n’ose pas te demander le tien au cas où ça vienne enfoncer le clou, ah ah !

  3. C’est malin ça, je fais ancêtre maintenant! 🙂 alors que dans la tête, je suis plus jeune que mon ado. C’est bien aussi, de grandir, il y a des bonnes choses à être adultes.

    • Lol meuh non t’es pas vieille du tout 🙂 Comme tu dis c’est vraiment dans la tête! Je ne pensais pas avoir envie de devenir raisonnable avant de longues années 🙂

  4. Non, c’est pas obligé de grandir si on ne veut pas et pas obligé de s’installer dans un « confort de vieux » si on n’y est pas bien à l’aise dans ses baskets (euh… charentaises ?)
    😛
    En tous cas, c’est pas obligé.

  5. Ah ouais, on passe toutes par là: le blues de la trentaine. Mais quand je me demande si j’aimerais repasser par la case « 20 ans », je réponds toujours non. Mes quelques (ok, nombreux!) cheveux blancs m’ont appris des tas de choses 🙂 Courage.

  6. Hahahahahahaha ! Mawu Carole !!!
    Bon, je t’avoue, j’ai ressenti un peu la même chose que toi il y a environ 3 ou 4 ans et c’est vrai que les (rares) nuits de teuf que je peux connaître désormais me demandent deux jours de récupération mais quand même, pour rien au monde je ne voudrais de nouveau avoir 20 ans ! Non et non !
    Il paraît que c’est le plus bel âge de la vie. Sornettes ! (oui, c’est un mot de vieille que j’adore !) A 20 ans, on sait pas trop ce qu’on va faire de sa vie, on n’est pas libre parce que dépendant encore financièrement des parents, on a peur de l’avenir, on est déprimé parce qu’on n’a pas trouvé son âme soeur, etc. Franchement, à bientôt 35 ans, je suis bien plus heureuse, sereine et épanouie et je suis sûre que toi aussi ! Alors, non, désormais, cela ne me dit plus rien de partir en vacances avec mon sac à dos et de dormir dans une auberge de jeunesse ou sous une toile de tente, j’ai besoin au minimum du confort d’une chambre d’hôte ! Ok, mes petits rituels me rassurent. Mais la vie n’est-elle pas bien plus belle ? Et pis, on s’en fout des dessins animés des « djeuns », tant qu’on connaît nos séries US sur le bout des doigts hein ??? Allez, hold on my dear, age ain’t nothing but a number. Et à chaque âge ses plaisirs !

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