Un Gaou à Toronto: les amis

friendsLes relations à distance ne sont pas le fort de tout le monde.  Pour certains, l’expression loin des yeux, loin du coeur est un mode de vie.  En seulement 7 mois d’immigration j’ai pu constater que les liens evoluent énormément . Je n’avais pas d’attente particulière en quittant Paris. La distance est un bon moyen de redéfinir les relations, de les voir sous un autre angle. Un peu comme si avec les kilomètres qui nous séparent, les amitiés mutent et se révèlent sous un autre jour.
La première fois que j’ai quitté Dakar pour Bordeaux, j ‘étais très jeune non pas que je sois vieille aujourd’hui hein (enfin si un peu quand même) mais à 17 ans, on n’a pas vraiment vécu .  Mes relations étaient naissantes à l’époque  et se sont renforcées ou étiolées avec les années d’université. Cette première vraie expérience de la vie m’a permis de  réaliser  que j’étais fidèle en amitié. Je n’ai pas besoin que mes amis fassent partie de mon quotidien pour être là quand ils ont besoin de moi ou pour prendre des nouvelles. Chaque amitié est importante à mes yeux. Je voue un profond respect à mes amis et je n’envisage pas une seconde de les oublier ou de les ignorer parce qu’ils sont loin. Mon meilleur ami Glacius (oui prénom pourave mais c’est lui qui l’a choisi ) vit à Montréal depuis 4 ans. Nous n’avons pas souvent été dans la même ville mais la distance n’a jamais été un problème ni pour lui ni pour moi, bien au contraire. Il a toujours répondu présent  quand j’avais besoin de lui et vice versa. Chaque fois que nous nous retrouvons, c’est comme si nous ne nous étions jamais quittés.  Quand on tient à une personne on prend la peine de lui consacrer du temps, de lui montrer un minimum de considération.
On ne fait pas la gueule  à un ami sans explication. Quand on a un problème avec un ami, on lui parle, on discute en adultes civilisés, courtois et on avance. Je ne me faisais pas trop d’illusions en arrivant ici. J’ai déjà déménagé à plusieurs reprises; de plus la vie m’a appris au fil des déceptions que certaines relations ne valent pas la peine qu’on s’y attarde. Il faut être préparé à tourner la page tôt ou tard. Je savais que les amis ne seraient pas tous aussi disponibles que je peux l’être. En revanche, je ne pensais pas que le fossé allait se creuser aussi rapidement et de manière aussi violente. Je ne pensais pas non plus que certains amis que je considérais comme vraiment proches allaient être parmi les premiers à faire silence radio. Aucune réponse aux emails, pas de message, aucune nouvelle RIEN pas un seul petit mot en 7 mois, le désert.
Loin de moi l’idée de faire ma geignarde (enfin si un peu quand même) mais franchement je ne comprends pas qu’on puisse  tourner le dos à une amitié (en moins d’un an) si elle est importante à nos yeux. Comment peut on en arriver à ne pas répondre, à ne pas donner / prendre de nouvelles? Nous sommes tous pris par notre quotidien, nos enfants, notre travail, notre manucure, la préparation de la fête de tante Cunégonde, le mariage de tonton Abdallah,  mais franchement à l’heure de l’internet, des réseaux sociaux, du téléphone à moindre coût, c’est vraiment si difficile que ça de prendre 5 minutes (en 7 mois) pour écrire un SMS ou un mail à un ami ? Lui envoyer une ligne pour lui dire qu’on pense à lui? Répondre aux mails qu’il  envoie (LUI) pour prendre des nouvelles ? C’est vraiment si compliqué que ça? Je ne vais pas dire que je suis très surprise, je suis convaincue que l’être humain (je m’inclus dans le lot) est décevant, c’est sa nature profonde. Mais je pensais naïvement que je ne serais pas confrontée à ce genre de chose avant un an ou deux. Et encore moins venant de gens que je considérais comme des amis proches. Comme disent les anglophones lesson learned  (j’ai compris la leçon) une bonne fois pour toute.
Heureusement, comme dans la vie tout n’est pas blanc ou noir, il y a  aussi  les bonnes surprises. Le bonheur de se rappeler qu’un ami, reste fidèle malgré la distance, que l’amitié ne se crée pas à la carte. Il y a ces gens qui vous envoient juste une ligne pour vous dire qu’ils n’ont pas le temps mais qu’ils pensent à vous. Ceux qui vous envoient des photos de leur quotidien par i-message, qui prennent le temps de pourrir leur samedi soir pour voir vos trognes sur Skype, qui vous envoient des blagues par Viber, qui répondent  à vos emails, qui passent une heure au téléphone  à vous écouter (encore) râler et à faire semblant de comprendre votre (inutile) indignation . Ceux là qui savent que l’amitié est une fleur rare qui se chérit et se protège. Et lorsque parfois, la route de l’immigration se fait tortueuse, rocailleuse et pleine de doutes, c’est à ceux là même que l’on pense;  il suffit de se souvenir qu’ils seront là quoiqu’il arrive pour avoir le sourire car on sait qu’on ne sera jamais seul face à nos angoisses et nos peurs.
Je vais finir mon billet en les remerciant pour cette amitié précieuse . Je n’ai même pas besoin de citer leurs noms;  je sais qu’ils se reconnaîtront parce que dire beaucoup avec très peu de mots,  c’est aussi ça l’amitié, la vraie …

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Catégories :Une vie de Gaou

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7 réponses

  1. Je n’ai pas eu ce problème avec mes copains en France qui ont toujours rapidement donné des nouvelles. Et tu vois, en étant rentrée, je n’ai même pas été beaucoup les voir parce que finalement, à distance, on avait vachement plus de trucs à se dire.

    Non, la déception, pour moi, a été à Toronto. On s’est fait plein de copains la première année et dès la seconde on n’avait plus de nouvelles de plein de gens ! Et alors au bout de 3 ans je te dis pas… On a même de très bons copains qui ne sont jamais passés nous dire aurevoir… C’est dire ! Sans même donner une explication d’ailleurs.

    Ca n’a pas été le cas avec tout le monde, d’autres copains nous ont proposé de nous héberger dont un couple qu’on connaissait depuis 3 ans et chez lesquels on a été 2 nuits. Sinon les autres étaient des gens qu’on venait de rencontrer. Le souci c’est ça, tu te fais des copains rapidement au début et puis après, chacun fait sa vie et c’est fini…

    On a aussi gardé de bons copains avec lesquels on a été 2 ans et demi en contact à Toronto et qui sont revenus en France il y a 1 an. On les a vus quand on est rentrés.

    Mais bon voilà, ça fait… deux couples. Sinon j’ai gardé des copines du Canada qui me donnent très souvent des nouvelles.

    Les autres couples, ben je pense qu’ils savent même pas qu’on est rentrés 😉

  2. Il y a pas mal d’expats qui se font ce genre de réflexion…il n’y a pas que la distance, je crois qu’il y a aussi de l’incompréhension. Beaucoup de gens en France ont du mal à comprendre qu’on s’expatrie et du coup, ils revoient leurs amitiés. Mais comme tu dis, il y a aussi de très bonne surprise. En presque 18 ans, j’ai perdu beaucoup d’amis comme ça, et pas mal de membres de ma famille même. Mais il y en a d’autres qui sont toujours là, on se voit une fois par an max, et c’est comme si on s’était vu la veille.

  3. Oh écoute qu’ils aillent se faire voir! J’aime bien t’envoyer le résultat de mes expériences de pédicure moi…

  4. Les vraies bonnes amies, on les compte sur les doigts de la main (des deux mains si on est vraiment chanceuse!) et ce n’est ni le temps ni la distance qui changent à l’affaire. Pour la famille, c’est une tout autre histoire, ça dépend des gens… Trop de sacs de noeuds mélangés aux souvenirs…

  5. C’est touchant ce post et je comprends ce que vous dites. On dit loin des yeux loin du coeur. Et avec certains c’est vrai alors qu’avec d’autres rien ne change vraiment. Plus une affaire de personnes que d’immigration il me semble. Le point positif de l’expatriation et de l’immigration reste les rencontres que nous n’aurions pas faites autrement et rien que pour cela je prend le risque de perdre quelques amis qui peut-être n’auraient plus été les miens de toute façon si j’étais restée.

  6. J’avoue que c’est un parametre sur lequel j’avais sous-estime, quand j’Ai quitte la France, celle de ne plus revoir certaines personnes mais lorsqu’on se rend compte que c’est toujours « toi » qui fait l’effort de garder contact et que ce n’Est pas reciproque cela fait mal. Une facette de l’immigration qu’on ne pense pas forcement mais comme tu l’As ecris: on perd des amis mais on peut faire de belles rencontres.

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